mardi 16 octobre 2012

L'homme du pont

Bien plus qu'une arche,  qu'un passeur de l'histoire, ,  il en était l'âme...  L'archéologue Jean-Luc Fiches n'est plus, et le pont Ambroix,  symbole de cette station antique sur la Via Domitia, bien  tristement esseulé, se mire  dans les eaux du fleuve ...


Directeur de recherche au C.N.R.S. (UMR 5140, Montpellier/Lattes), l'archéologue,   d'origine Biterroise,  a consacré 40 années de sa vie professionnelle au quartier bas d'Ambrussum,  sur  la rive droite ( l'héraultaise) du fleuve Vidourle.  Sur le site, il fut le digne successeur du Dr Emile Marignan, marsillarguois   célèbre pour ses diverses recherches archéologiques au XIX° siècle , notamment sur le quartier haut d'Ambrussum (oppidum). 
Ambrussum -XIX°s.(Cl. Calvière)
E. Marignan
.Pendant plusieurs étés,  Jean-Luc Fiches dirigea  les diverses campagnes de  fouille de l'oppidum et de la station routière. Il en commentait volontiers les avancées et donnait bénévolement des conférences dans les diverses associations de la région. Avec patience, sens de la  pédagogie, humilité et  gentillesse , il se mettait à la portée du néophyte ou du candide, et savait faire partager son immense savoir, ses découvertes, sa passion du monde romain et de la région languedocienne. Ses travaux ont porté  sur maints aspects de l'histoire de l'Antiquité . On peut citer : les processus d'urbanisation et l'organisation de l'espace rural en Gaule méridionale, avant et après la conquête romaine. 

Quelques Ouvrages, parmi ceux d'une liste impressionnante
"Carte archéologique de la Gaule " (1996) en coll. avec A. Veyrac

"L'aqueduc de Nîmes et le Pont du Gard" (2001)

" Agglomérations gallo-romaines du Languedoc-Roussillon" 2 vol.  (2002) Coll. de recherche

"Archéologie et systèmes sociaux environnementaux " (2003)

" Actes de colloques " (2008)

"Ambrussum, une étape de la voie Domitienne" (2007)....


Inauguration du musée
Ambrussum : Non loin du terrain prospecté, un musée a été érigé sur le territoire de la commune de Villetelle. Après quelques péripéties administratives, il fut  inauguré en 2011,  en présence des officiels, et d'une foule compacte. Les discours furent nombreux, et l'homme du site n'a pas pris la parole.. mais il a été très longuement ovationné par  tous : les amis, les collègues, les gens  venus autant pour lui, que pour ce nouvel espace dédié au Pont romain
L'adieu émouvant qui a été rendu à J-Luc Fiches en ce 16° jour d'octobre 2012, dans la commune de St Christol (Hérault),  a donné lieu à un bel hommage, sobre, authentique, mais vibrant. Chacun se remémorait l'homme, le scientifique, le choriste, l'homme privé, .... et l'homme public qui savait attirer la sympathie, en suscitant le respect.  On s'est plu à souligner la noblesse de coeur,  alliée à celle de l'allure, sans oublier de mentionner la pointe d'humour et de dérision,  qui complétait le portrait fidèle, dressé avec une émotion bien compréhensible, et difficilement maîtrisable.  Cette brutale disparition déconcerte, surprend,  et attriste le monde de l'archéologie
site d'Ambrussum -quartier bas
De nombreux jeunes ont pu, certes, bénéficier de l'enseignement dispensé par Jean-Luc Fiches. Mais il va être difficile de poursuivre sans ce professionnel de référence, qui fut un réel maître à penser, à agir, et dont la liste des  travaux était loin d'être close. Des projets en suspens, des ouvrages à terminer,  une retraite à vivre en famille...., Jean-Luc laisse, trop tôt,  derrière lui, tous ces attachements...
 Il reste néanmoins : l’œuvre abondante du passeur de mémoire, l'empreinte de l'universitaire éclairé, et l'assurance que son nom soit à jamais attaché à un lieu: celui-là même qu'il a foulé de son pas, fouillé de sa main,  dont il a ravivé l'histoire, et dont il savait si bien parler.
Alors, se remémorant  l'exhortation de Virgile  dans l'Eneïde, que Voltaire citait souvent dans sa correspondance,  on pourrait dire:
"... macte animo,  generose puer,  sic itur ad astra !" 
Ambrussum -via Domitia
                                                                                                         

Freelance Writer 
N-L. M.  
Culture  Art  Patrimoine  
 

samedi 13 octobre 2012

La tête dans les nuages

Dans nos horizons urbains ils s'élèvent de plus en plus haut, de plus en plus nombreux ...: Gratte-ciel, skyscraper, Wolkenkratzer, Rascacielos ....: peut-on parler d'une fascination pour les immeubles ultra modernes qui, tels les grandioses monuments antiques, s'envolent, en  gigantesques formats,  pour tenter d'atteindre les nues ?
S'agit-il seulement d'audaces d'architectes, d'ambitieux projets municipaux, de recherches de bâtiment symbole pour des cités en mal d'identité ? Ou peut-être est-ce simplement un condensé de ces raisons ?  L'art, allié à l'utilité, donne alors naissance à des bâtiments d'exception. Les budgets consacrés sont assortis à la performance et souvent décriés par les élus locaux, car  les coûts initiaux sont largement dépassés. Les marchés d'offres donnent parfois lieu à de vraies batailles de plans et des rivalités d'architectes au détour de croquis aussi sophistiqués que farfelus. Mais la profession semble avoir le vent en poupe , car on n'a que l'embarras du choix ( si ce n'est pas le prix) parmi une belle palette de noms prestigieux auxquels se rattachent d'étonnantes réalisations .
Matthias Sauerbruch et Louisa Hutton
Jean Nouvel-( la Mairie de Montpellier)
L'art et l'urbanisation n'étaient pas destinés à  faire bon ménage dans la période moderne. Sans remonter aux décors antiques  des rives niliennes, on peut noter une évolution du bâti au cours des âges en fonction des aléas économiques et démographiques de chaque nation. L'architecture urbaine, éclose sur tous les continents, développe les mêmes critères de base. Le challenge est  similaire pour chacun:   sur une surface réduite, faire un bâtiment de grande capacité, en y incluant l'esthétique, et en tentant de  respecter  une enveloppe financière fixée au départ du projet .. Optimiser, rentabiliser  l'espace, en apportant un aspect artistique,  si possible, innovant, mais qui ne défigure pas l'ensemble de la cité, voilà un vrai défi, dont on peut admirer d'année en année la concrétisation ..car elle est actuellement très médiatisée..
Renzo Piano ( centre Pompidou)
Si le choix de l'implantation est  parfois un dilemme : centre ville ( quartier City) ou banlieue ( si le centre est classé et ancien ), la présentation est   souvent identique . Après un accès imposant ( grande allée ou parvis, lorsque l'espace le permet), on accède à un  hall d'accueil monumental. Pour diversifier la fonctionnalité du lieu ( immeuble non exclusivement dévolu aux bureaux) , on a repensé les attributions. Ce sont actuellement:  des écoles, des universités, des salles de concert, de conférences, de projections, de réunions, des entreprises, des commerces, des entrepôts.. qui se partagent l'espace et les étages. La construction se veut, dans certains cas, écologique. La géothermie, les énergies renouvelables, sont incluses dans les plans , et les murs végétaux habillent des façades austères,  en accord avec des jardins aménagés sur des terrasses en hauteur. L'allure  générale est soucieuse de la ligne particulière de chaque élément. La couleur, le style, entrent dans la décoration extérieure comme dans celle de l'intérieur, répondant ainsi à l'exigence artistique revendiquée désormais par chaque architecte. Laisser pénétrer la lumière par des découpes géométriques, agencer les bâtiments entre eux,  en courbes et sinusoïdes qui mettent en valeur les rapports entre verticalité et horizontalité, sont désormais des incontournables de ce genre de réalisation. On est bien loin des blocs massifs, uniformes, froidement alignés en rues parallèles et symétriques, très représentatifs d'une certaine époque où les moyens financiers n'autorisaient pas la fantaisie en bridant le choix des matériaux. L'acier, le verre, le bois, conjugués au béton, ont allégé l'aspect global, en tentant d'humaniser l'ensemble.
"L'architecture d'aujourd'hui, c'est souvent le patrimoine de demain"...était  une formule du  ministère de la Culture et de la Communication, qui, en novembre 2002, lançait  une campagne d'intérêt général,  en faveur de la qualité architecturale. Encourager la créativité,  relancer l'économie du bâtiment en œuvrant durable,  pour le futur et les générations à venir, voilà ce qui, dix ans plus tard, se  poursuit. Un bâti témoin d'une époque et de ses savoir-faire.
O. Niemeyer (cathédrale de Brasilia)
Quelques sites web:
 l'architecture japonaise 日本建築  :
-  les architectes japonais contemporains
les architectes européens
-  la thèse de A. Boutinot ( 2011-Université de Grenoble)

Freelance writer
Culture  Art  Patrimoine





jeudi 4 octobre 2012

Cabarets spirit

J. Fletcher Le lapin agile
Le XIX° siècle a vu l'âge d'or des établissements Montmartrois , en cette fin de 2nd Empire,  où l'on venait s'encanailler au pied de la Butte,  mais où l'on venait  s'y distraire avant tout. A la différence des cafés artistiques et littéraires, où l'on débattait, l'esprit des Cabarets  était un ton donné par la fréquentation des lieux .. La palette était chamarrée et ses couleurs prenaient forme sous les doigts des graphistes, des peintres, des sculpteurs qui n'hésitaient pas à laisser leur talent s'exprimer jusque sur les murs ou dans la décoration de l'établissement:
Henri Rivière
Balda  et son tableau "le Chat noir" , cabaret dont la lanterne de la façade est une création d'Eugène Grasset, l'enseigne est due à Alex Charpentier,  la silhouette du chat et de son lunaire croissant sont d'Adolphe Willette...
Que ce soient : "la nouvelle Athènes " en 1855, "le lapin à Gilles" en 1875, "le Chat noir"en 1881, et plus tardivement "le Rat mort" en 1930, chacun d'entre eux a connu des heures de gloire où les célébrités se disputaient la vedette autant dans la salle que sur l'estrade. Du théâtre d'ombres d'Henri Rivière (en 1886) aux couplets de l'homme à la rouge écharpe : Aristide Bruant, la foule se pressait pour assister aux diverses animations  proposées lors de soirées mémorables. On y brocarde, invective, critique, caricature, dénonce aussi, à travers des refrains et des représentations picturales.. Mais l'on respecte les interdictions, qui sont alors en vigueur,  pour accéder au cabaret:
-pas de religieux, pas de militaires, pas de femmes non chapeautées ni d'ouvriers en casquette !
Cependant la liberté de ton était admise. La chanson était réaliste, engagée, polémique, dans un argot poétique aussi imagé que percutant. ( à écouter sur Youtube les enregistrements de l'époque où l'on peut entendre A. Bruant dans ses célèbres airs de chansonnier : "Chant d'Apaches", "A la Bastille", "Belleville-Ménilmontant" , ou  la version de Patachou : "Aux frais de la princessse"....)
C'est donc une belle et indispensable exposition "Autour du Chat noir" que le Musée de Montmartre propose aux visiteurs jusqu'au 13 janvier 2013, à Paris. Témoins d'une époque révolue, ou qui a évolué, les Cabarets  ont gardé leur esprit.  Celui-ci ne s'exprime pas de la même façon de nos jours, mais il a su trouver ses marques dans un langage actualisé. Et la promenade sur la Butte, à travers les rues du Montmartre d'aujourd'hui, n'est pas un pèlerinage nostalgique, c'est une déambulation de mémoire, un regard de reconnaissance à jeter sur les murs d'un autre temps qui, comme les visages aimés, ont souvent  gardé quelques rides..

Freelance Writer
Culture  Art  Patrimoine

vendredi 28 septembre 2012

Pierres rejetées ... devenues pierres d'angle ..

L'art contemporain a ses inconditionnels, dans un milieu que l'on dit "fermé"  ou sélectif, mais n'est-ce pas parce qu'il se heurte souvent à de l'incompréhension ou de la simple méconnaissance ?
Le débat est loin d'être clos, et n'empêche pas le marché de prospérer..
Les musées, qui sont consacrés à ce style  d'expression, font pourtant de grands efforts pédagogiques, d'informations et de formations. Le jeune public, qui y est volontiers accueilli,  bénéficie de visites commentées très appréciées. S'approcher de l'art,  n'est pas un quelconque renoncement, c'est au contraire  à la fois une ouverture d'esprit, et une sensibilisation au monde de l'expression, qu'elle soit traditionnelle, classique,  ou moderne, avant-gardiste. Voir passer ses œuvres au crible de la critique, (qui n'est pas toujours objective ou tendre) n'est pas un acte porteur d'espoir, ni de projets. Cependant, même sans déclencher un enthousiasme immédiat, un parcours peut-être difficile à mettre en place. Et il faut bien de la ténacité,  et une certaine dose de confiance en soi,  pour  le poursuivre, et réussir à convaincre un public timide, ou réticent, à accepter une "patte" innovante, très personnelle, qui se démarque avec originalité et talent. Certains y  réussissent avec maestria. 
Jimmie Durham :"une question de vie et de mort et de chanter" :  exposition à ANVERS (Muhka), depuis le 28 mai et jusqu'au 18 novembre de cette année 2012 . Cet artiste américain, né en 1940,  est à la fois poète, sculpteur, essayiste. Il a déjà conquis un public enthousiaste,  à travers des manifestations internationales dans de hauts lieux du genre,rendez-vous inconournables :
- La FRAC de Reims, - La München  Kunstverein, - Le Frankfurter  Portikus exh. Hall, - la biennale de Venise...
L'esthétisme ne va pas sans un certain humour et le titre de chaque pièce est déjà une incitation à la réflexion.  J.Durham assume le paradoxe même s'il est teinté de burlesque. L'assemblage devient sculpture et, chez lui,  l'hétéroclite est étiqueté. Défenseur des droits des amérindiens, il donne une empreinte particulièrement référencée  à ses oeuvres.  Oscillant entre sérieux et dérision, l'homme est un artiste engagé. L'exposition anversoise le salue à travers cette importante et 1°rétrospective.


Philippe Pastor : est au MM'ART Monaco Modern  Art , après (entre autres)  une participation remarquée au MoMA ( Museum of Modern Art  de New York) L'artiste monégasque autodidacte (né en 1961) a fait de la nature son principal thème d'inspiration. Les 4 éléments se coulent, explosent, et s'imposent sur ses toiles. L'homme des "arbres brûlés" est aussi celui des coeurs multicolores. Les teintes sont denses, les formes épurées, toniques. Loin des cours didactiques et académiques, son style est aussi bien le reflet d'un rapport personnel à la technique,  que celui d'une implication quasi charnelle avec les supports et les matériaux.  Etre in situ pour mieux s'imprégner du lieu et de l'espace afin d'en restituer l'essence même. 


Kader Attia : né en 1970, il a très tôt transcendé ses émotions, ses peurs, ses souvenirs d'enfance par une exploitation artistique sensible et remarquée. Une  carrière internationale s'ouvre alors pour lui (1° exposition en 1996) , avec des passages au C.C.C(centre de création contemporaine) de Tours, sous le titre "Kasbah" en 2009, puis à la biennale  d'Art contemporain de Lyon en 2005... Les volumes, les formes, sous ses mains,  occupent l'espace dans un agencement particulier, évocateur et lourd de sens. Le corps, la matière, l'identité, l'appel à la conscience,  se mêlent dans des architectures fortes et parlantes. "Construire, déconstruire, reconstruire: le corps utopique" fut le thème explicite de sa récente exposition, et de la conférence,  qu'il a données en août 2012 au Musée d'art Moderne(MAM)  de Paris.
Jackson Pollock : au NMAM de Tokyo  (東京国立近代美術館 ) -a centennial retrospective (du 2-10 2012 au 6-5-2013). Enfant terrible de l'expressionisme abstrait , Jack " the dripper" (1912-1956) a laissé plus de 700 oeuvres. C'est un dixième de cette production  qui seront proposées à Tokyo pour la saison 2012/2013. Maître de la technique de "l'action painting" dans une impulsion positive et créatrice, J.Pollock est ambigu dans ses contrastes. A la fois spontané  et réfléchi, il engendre la fracture ( qui devient fractale) dans le style et la pratique (format des toiles, maîtrise personnalisée des outils et du matériel). Sa nouveauté crée la controverse, retardant une reconnaissance dans le milieu artistique local et mondial. Mais J.Pollock  réussit à émerger, à entraîner dans son sillage des "suiveurs" qui devinrent des disciples de son style novateur.  Hélas, un  vieux démon (addiction à l'alcool dès l'adolescence)lui fut néfaste. Son épouse Lee Krasner, (1908-1984) qui partageait avec succès ,  cette même passion pour la peinture, a eu  cependant  la ténacité  de valoriser l'homme et sa production artistique.

A. Malraux disait que "l'art est un anti-destin", et Schopenhauer pensait que "l'art affranchissait de la vie et de la douleur " ... L'Art peut être, déjà,  un moyen d'exprimer l'indicible, de se projeter soi -même avec ses failles,  dans un mouvement plus ou moins conscient et spontané ... et que le résultat trouve un écho favorable, pour celui qui va découvrir l'oeuvre ainsi née d'une blessure tue. De cet échange naîtra,  alors la reconnaissance...

Freelance Writer
Culture  Art  Patrimoine







dimanche 23 septembre 2012

Frapper les 3 coups ...


Le fameux rideau rouge, tel celui  chanté par Gilbert Bécaud, s'ouvre sur la nouvelle saison théâtrale 2012/2013.  Et, comme chaque année, l'effervescence est palpable: autant chez les acteurs que chez les spectateurs. Cette émotion est compréhensible, car ses racines sont anciennes. En efffet, c'est dans l'Antiquité que l'on peut en retrouver l'origine. On distingue 3 déclinaisons dans le répertoire :
- le traditionnel ( classique)
- le boulevard
- l'avant-garde .
Chacune d'entre elles  a ses adeptes, mais les inconditionnels n'ont pas de préférence marquée,  car ce qu'ils aiment avant tout c'est:  le théâtre .
Le théâtre de boulevard est essentiellement une spécificité parisienne du XIX°s. Populaire, consacré au divertissement, il aurait emprunté son nom au Boulevard du Temple à Paris, artère urbaine qui fut antérieurement désignée sous l'appellation :Promenade des Remparts . Ses débuts officiels ont pour origine un impérial décret , daté du 8 juin 1806, signé par Napoléon I°. Cela concernait une formule qui s'apparentait à un amalgame entre pantomime, ballet, cirque..Le vaudeville triomphera alors bientôt, même si l'étiquette "genre facile" lui sera  immédiatement attribuée. Intrigues, comique, quiproquos, le théâtre de boulevard utilise tous les moyens (portes qui claquent, chassés-croisés, amants dans le placard ...) pour distraire et amuser les spectateurs, avec  des sujets aussi courants que le couple, la famille, les relations patron/ employé, le personnel de service, les revers de fortune et d'amours compliquées .. C'est avant tout  le théâtre de la vie, sans message essentiel délivré, la morale y est (presque toujours) sauve, et l'on y apprend à se gausser  des travers de l'humanité, en souriant aussi de ses maladresses, confrontées à un sort parfois peu favorable, et toujours dans des situations complexes, ambiguës, déclenchant le rire et l'émotion. Même si le jeu des acteurs est appuyé (héritage incontournable de la Comedia del' Arte), le genre connaît encore du succès,  dans  les lieux qui y sont consacrés.
Dans l'histoire du théâtre plusieurs épisodes se sont succédé avant d'aboutir aux spectacles auxquels on peut assister de nos jours dans la capitale française.
 Au milieu du XVIII°s., en 1759,  Nicolet fonde "la Gaîté", puis Audinot ouvrira l"'Ambigu comique", pour  Volange ce sera la salle "les Variétés Amusantes" .. 
les auteurs
les acteurs
"La belle Epoque", celle où les provinciaux se ruent vers la capitale,  pour courir  les boulevards et assister aux spectacles, a connu de grands auteurs. Feydeau, Courteline, Caput, Croisset, Cavaillet ...en faisaient les beaux soirs. Un siècle plus tard, Marcel Pagnol, Jean Anouilh, Marcel Achard, André Roussin, Françoise Dorin, et le Maître (Sacha Guitry) ont poursuivi le mouvement. Le verbe était porté haut, les répliques faisaient mouche, lancées par des pointures d'acteurs ("théâtreux dans l'âme") comme Jean Poiret, Michel Serrault, Maria Pacôme, Jean Le Poulain,  Jean Lefèvre, Jacqueline  Maillan,  Michel Roux... des moments cultes, popularisés par les retransmissions télévisées de l'émission "Au théâtre ce soir".
Le XXI°siècle  n'est pas en reste,  car l'activité n'est pas tombée en désuétude. Bien au contraire, les spectateurs continuent à apprécier ce divertissement "in live" et se déplacent pour assister à des séances dont l'horaire est souvent aménagé (séance aux alentours de 19h) pour disposer de la soirée.
Dans l'actualité du moment :
- Edouard Baer  " ... à la française" ( théâtre Marigny du 21 sept. au 19 déc.2012)
- Michel Leeb   "Un drôle de père"    ( théâtre Montparnasse, à partir du 14 sept.2012)
-  P.Palmade met en scène " 13 à table "  (théâtre St Georges , jusqu'en janv. 2013)
- Isabelle Mergault "Adieu, je reste"( théâtre des Variétés, jusqu'au 7 octobre)
- M-Anne -Chazel dans  "le bohneur" (théâtre Marigny -Popesco, jusqu'au 22 décemb. 2012)
- Pierre Arditi " comme s'il en pleuvait" (théâtre Edouard VII depuis le 7sept. 2012 )
....
Entendre frapper les 3 coups (avec le brigadier rouge enveloppé dans son manteau de velours cramoisi et clouté), c'est entrer dans le jeu, avec ce léger pincement au cœur, qui est le prélude à un bon moment de partage,  que l'on soit sur la scène ou dans la salle, de l'un ou l'autre côté du rideau.

Freelance Writer
Culture  Art  Patrimoine

mardi 18 septembre 2012

Patrimoine caché mais... pas aux oubliettes

                                       Les portes s'ouvrent sur un patrimoine qui s'expose .

Jack Lang-ministre de la Culture de 1991 à 1993
Le w-end du 15 et 16 septembre 2012 a connu un  franc succès. 29° édition depuis sa création,( initiée par J. Lang, en 1984,  sous l'appellation " journées portes ouvertes dans les monuments historiques"). Cette manifestation culturelle  a connu une fois de plus,  une belle affluence, avec plusieurs millions de visiteurs à son compteur. Les journées du Patrimoine avaient pour thème, cette année , "les aspects cachés du patrimoine  "  ..
On proposait donc en quelques 16 000 sites, plusieurs actions suivant le  lieu:   monter, descendre, parcourir, tester, s'exercer,... mais de toutes façons :  découvrir, connaître, admirer, apprécier... avec la suggestion sous forme de boutade imagée  :  "des oubliettes jusqu'au sommet du donjon  !"
Les bâtiments religieux (temples, églises, synagogues, abbayes,chapelles,  couvents...) ont également ouvert leurs portes, même en dehors des offices,  pour la circonstance.
Temple protestant gardois-St L.d'Aigouze
L'engagement de l'état (ministère de la Culture et de la communication), des communes, des propriétaires privés,   des régions (affaires culturelles),  des conseils  généraux et régionaux, était, comme à l'accoutumée, solidement épaulé par toute une armée de bénévoles et d'associations locales. Conférences, circuits, ateliers, expositions, visites commentées, projections de documentaires, concerts: les animations ne manquent pas et sont chaque année prétexte à innover, créant, parmi les organisateurs, un réel élan créatif et pertinent d'inventivité, en s'adaptant aux nouvelles données et aux documents d'archives sortis des tiroirs.
Exposition temporaire (30)
Du monument en restauration au personnage  vedette historique du village, rien ni personne ne put échapper à l'engouement des visiteurs. L'intérêt est  aussi proportionnellement croissant que la fréquentation. Car la manifestation est indirectement  soutenue et appuyée par une certaine programmation télévisuelle qui initie, informe, montre, explique, débat, illustre et met en scène,  des épisodes de l'histoire nationale ou des biographies filmées. On peut ,certes,  parler de démarche de  vulgarisation, mais outre le côté pédagogique,  on ne peut éluder le réel souci d' information,  cadrant avec de nouvelles découvertes, de récents travaux d'investigation,  qui viennent étayer (ou nuancer, et parfois contredire) ce qui faisait foi jusqu'alors, y compris dans l'imaginaire collectif ou le bon sens populaire. Les documents d'archives, bien qu'accessibles au public, ne sont pas toujours d'une consultation aisée. Les chartistes, les chercheurs, les universitaires s'y penchent volontiers grâce à leur formation et à cause de leurs travaux respectifs. Le citoyen lambda lira plus aisément, selon ses goûts et son emploi du temps,  les parutions ciblées (décryptées et mises à la portée du grand public). Il ne faut pas oublier, dans cet objectif, les parutions de revues spécifiques qui gagnent chaque année en qualité,  à cause du choix des chroniqueurs, illustrateurs-documentalistes,  et rédacteurs.
Les journées européennes du Patrimoine impliquent la participation de 50 pays européens,  et s'étalent de fin août à début novembre, selon le cas..(Tag des offenen Denkmals, Heritage Open Days, Open Monumentendag, El Día del Patrimonio Cultural...)
Chaque année le choix est vraiment  difficile. Les informations affluent de toutes parts ( radio, TV, presse, bulletins associatifs ou municipaux, et l'on n'a que 2 courtes journées pour assister aux animations proposées,  et visiter . Et si l'on est soi-même acteur / animateur/ guide , on est d'autant plus  aux prises avec une décision cornélienne .. car l'on a  l'envie et le besoin d'être  aussi de temps à autre "visiteur".
Expo. temp. Louis Uni -Marsillargues(34)
Vallabrix-détail façade(30)
Les multiples questions posées, les nombreuses photos prises in situ, l'attention manifestée,  lors des commentaires de visites, attestent le goût et l'intérêt du public pour ces journées très attendues. A l'heure où l'on se plaint  d'une culture virtuelle prépondérante, on a la preuve que le concret , le direct, le vécu, n'ont pas définitivement perdu leur place,  dans le cœur et l'agenda  de nos concitoyens. Consacrer du temps à arpenter un site, s'extasier devant la beauté d'une façade à décor renaissance, aller à la rencontre d'un personnage hors du commun, qui fut une gloire locale dans le siècle précédent, conduire les enfants à ces étonnantes découvertes.. voilà de quoi s'enrichir d'un trésor non monnayable, fait d'émotions et de connaissances acquises in situ .
Autant dire que l'on attend impatiemment l'édition 2013, celle  qui sera la 30° !

Freelance Writer 
Culture Art  Patrimoine