jeudi 12 février 2015

Duke and Count : noble Jazz

Deux géants ont marqué le monde du jazz au XXe siècle. Si 3, 4 décennies se sont écoulées après leur disparition,  le" son " est toujours dans la mémoire collective. Les générations qui ont suivi ont indéniablement  subi les influences de ces musiciens,  en puisant  largement dans leurs trouvailles rythmiques et mélodiques.
Noblesse de ces  hommes et de leurs  riches et magistrales orchestrations ,  un duc et un comte ont donc fait swinguer la planète.
Duke Ellington : (1899-1974) dit "The Duke"  était chef d'orchestre,  mais également pianiste  soliste , compositeur . On lui doit de très nombreux  succès, parmi lesquels :  Sophisticated Lady, I let a song go out of my heart, Black beauty (1928), C-jam Blues, East St Louis Toodle-oo...
Dans chacune des interprétations en formation de  Big band ou de quintette, on retrouve des solistes exceptionnels. Chacune de leur participation s'articule autour du thème principal, conférant à la globalité du morceau un  équilibre harmonieux , qui, cependant permet au public d'apprécier la performance et la maîtrise du musicien soliste.
Take the A train :
https://www.youtube.com/watch?v=cb2w2m1JmCY

Count Basie : (1904-1984) dit "Swing machine" , chef d'orchestre , compositeur, pianiste, organiste, célèbre pour la ponctuation finale à la main droite, (quelques notes dans les aigus)  au piano,  de diverses mélodies, et également pour  les solos instrumentaux (trompette,   saxo, clarinette, batterie..) émaillant les  interprétations.
On a du mal à ne retenir qu' un seul titre, dans la liste des morceaux de choix, en petite ou grande formation orchestrale:  One O'Clock Jump , Jumpin' at the Woodside, Lil'Darlin', Open the Door, Richard, Blue and sentimental, .
Le swing : Indissociable de l'histoire des "Big bands" de jazz  des années 1930-1940, il évoque une certaine cadence de musique, mais aussi la danse  éponyme. Ce tempo, à 2 ou 4 temps,  est un réel paradoxe qui met en évidence les temps "faibles" dans une formule ternaire où la pulsation devient syncope, comme dans le blues. . On le qualifie aussi de rythme syncopé.
 Si Count Basie et Duke Ellington ont excellé dans le genre on peut citer aussi Benny Goodman et Glenn Miller , qui ont fait les beaux jours des pistes de danses et des salles de concerts internationales durant le XXe siècle.
On dit que New York et Chicago furent de réels pôles  pour les musiciens qui cherchaient à se produire avec ce nouveau style de musique, sans trop se heurter aux problèmes de ségrégation. Le sympathique et talentueux trompettiste  Louis Armstrong  a su parfaitement narrer  cela dans sa biographie et dans les interviews.
 Né des mélodies sacrées et populaires traditionnelles de la musique africaine, considéré comme  authentique terreau de la variété actuelle, le swing des années 30, tout comme le blues, a laissé un répertoire composé de morceaux devenus, depuis lors,  des standards de référence. Dans certaines compositions, outre la partie orchestrale de la partition, une place de choix est réservée au chant.  Des femmes comme  Ella Fitzgerald (1917-1996), Sarah Vaughan(1924 -1990), Billie Holiday (1915-1959)ont alors porté au sommet, ce genre musical par leurs  inégalables  interprétations. Du swing , qui fait mouvoir  les corps, au blues qui parle à l'âme, le tribut à la musique venue d' outre-atlantique est non négligeable. Plus que s'en inspirer, l'Europe s'en réclame, car bon nombre de musiciens contemporains ont eu le déclic de la vocation en entendant ces "oldies", devenus des incontournables et des fondamentaux,  dans  lesquels la musique actuelle a eu la possibilité de  s'ancrer solidement.

Sweet Georgia Brown (composé en 1925 par Ben Bernie, Maceo Pinkard et Kenneth Casey) interprété par Count Basie and his orchestra :
https://www.youtube.com/watch?v=EbbBeU1vHew
Concert  Count Basie and his orchestra (1965)
https://www.youtube.com/watch?v=hHMYhajNtNg

"Et la jeunesse emboite (parfois),  avec brio, le pas des aînés ", tel l'adolescent  Jean Cotro,  à Tours,  récent gagnant du concours du "piano  dans la gare", par son interprétation de "Cantaloupe Island" ( composition de Herbie Hancok)
http://www.atlantico.fr/pepitesvideo/jeune-pianiste-12-ans-remporte-concours-pianos-en-gare-2001626.html

Outre les vidéos toujours agréables à regarder, il faut aussi écouter les enregistrements audio des années 20 à 40 , afin d'apprécier pleinement les styles respectifs, inimitables , de Count et de Duke.

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lundi 9 février 2015

La musique jusqu'au bout des doigts

Plusieurs expressions du langage  s'appliquent à décrire  le goût que l'on a  pour la musique. Du
simple air qui trotte dans la tête,  aux pieds qui marquent le tempo, on peut être en effet un authentique fan, mordu,  amateur du genre, sans pour autant être un vrai professionnel. Or,  il existe des êtres pour qui la musique est un réel modus vivendi, et dont l'attrait pour la discipline n'est pas quantifiable. Dire qu'ils touchent au génie n'est pas un euphémisme. Car, outre l'apparent  talent inné, l'évident  don reçu, il y a la très puissante  motivation, et le travail intense accompagné des inévitables contraintes. Chaque siècle a connu de pareils musiciens. Peu nombreux, certes, mais assez pour marquer leur temps de leur forte personnalité, en tant que compositeur,  ou interprète (parfois les 2). Pour le public,  c'est, à chaque découverte d'un nouveau prodige, un réel choc émotionnel et culturel.. Si l'on aime suivre la carrière, l'évolution de l'interprétation ou de la composition des œuvres, on s'attache également à la personne. Il  est toujours étonnant, et émouvant,  de constater l'impact réciproque de ce double échange entre un artiste et son public.
J-S. Bach en 1715
Jean-Sébastien Bach : (1685-1750). Entre baroque et classicisme,  si l'on connaît  Bach surtout par ses compositions religieuses ( messes), pour ses concertos Brandebourgeois,  et pour ses remarquables pièces pour orgue, le grand public méconnaît souvent  les autres partitions. Il est vrai que la production globale du compositeur atteste une rare prodigalité.
Le compositeur est à Weimar dans les années 1730,  lorsqu'il rédige les concertos pour clavecin. C'est une importante série, de 13 pièces (de BWV 1052 à 1065), écrite   pour  1 (7 concertos), 2 (3 concertos), 3 (2 concertos) ou 4 (1 concerto) claviers..  Ils peuvent être aussi interprétés au piano, et l'on entend   habituellement en concert, le BWV 1056 en Fa m (dont le Largo est assez populaire, car il est fréquemment utilisé comme  musique de film grand écran ou publicitaire), et le BWV 1055 en La M.


David Fray
David Fray fait partie de cette catégorie  de musiciens d'exception  qui savent immédiatement conquérir le public. Pianiste au jeu naturel, aisé, chantant, festonné, il incarne l'esprit de la musique avec juste ce qu'il faut de lyrisme. Son respect de la partition n'ôte en rien la vie (et la vivacité) de la ligne mélodique, en restant fidèle à l'idée  créatrice du compositeur. La conception du jeu, de la mesure, émerge d'une volonté personnelle, certes. L'homme sait ce qu'il veut, et pourquoi il le veut ainsi. Le regard est partout : sur le clavier, sur la partition, sur l'orchestre, sans jamais s'éloigner de l'essence même de la pièce interprétée. L'enthousiasme communicatif, et la passion,  de cet élégant trentenaire (né en 1981 à Tarbes) se complètent d'humour, de mimiques enjouées, du bonheur évident de l'interprétation réussie et de la technique hautement maîtrisée.  Ludique et désinvolte, en apparence seulement, au style enlevé et libre, le phrasé musical est néanmoins sérieux sans être pesant,  ni compassé. Sous les doigts de David Fray on redécouvre   les géants classiques : Bach, Schubert, Mozart... car il les revisite, par une lecture quasi "charnelle", en leur donnant force et grâce. 
La posture devant l'instrument, la course des mains sur le clavier, l'implication non feinte dans le jeu pianistique (y compris dans le discret murmure de la mélodie dominante)  ...font que l'on ne peut s'empêcher de voir poindre l'ombre du maestro Glenn Gould.
Mais ce n'est qu'un  simple signe de reconnaissance intergénérationnel, comme une passation. David Fray a su s'émanciper de ses  prestigieux modèles, et des "maîtres à jouer" , sans les trahir. Il vit sa propre carrière,  par ses choix de répertoire, établis avec intelligence, discernement,  tout en sachant  leur imprimer sa marque individuelle particulière. Le public ne s'y trompe pas,  depuis plusieurs années,  puisqu'il est au rendez-vous des concerts et des sorties d'albums,  sachant pertinemment  qu'il va partager un moment rare. 

à voir et entendre: le concerto en La M. BWV 1055 de J-S. Bach
https://www.youtube.com/watch?v=7eTjNJANoO0
Concerts dans l'hexagone en 2015 :
https://www.facebook.com/DavidFray.officiel 

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jeudi 5 février 2015

Cartoons, mangas et animations.

Animer des images pour raconter une histoire, a longtemps été un défi. Sous diverses formules, avec astuces et ingéniosité, on a pu le faire depuis quelques siècles, même si les sujets n'étaient pas forcément enfantins. Les ombres chinoises, de petites  silhouettes en carton découpé,  ou de mains savamment entrecroisées, se sont jouées de la lumière sur un drap blanc. Puis la lanterne magique, dès le XVIIe siècle, avec ses plaques de verre, colorées et décorées de figurines,  a offert aux spectateurs des saynètes amusantes, parfois lestes, ou tragi-comiques. Plus tardivement,  le manège ou Praxinoscope (1877), cylindre  au décor peint,    a permis aux personnages d'être mus  mécaniquement. Le Folioscope ou Kinéographe (1868) le précédait. C'est un album (à  pages garnies de dessins), qui, lorsqu'on le feuillette, donne l'impression de sujets en mouvement. Le principe est simple et l'on peut en fabriquer un soi-même, à condition de savoir dessiner, et décomposer une action en gestes successifs. Le Mutoscope (1894),  et le  cinéma entrèrent ensuite en lice, avec, pour ce dernier,  le dessin animé, en noir et blanc d'abord, et   plus tard, en couleurs, reléguant les autres techniques au rang d'antiquités et de souvenirs.
L'ère des Cartoons s'ouvrit alors pour une pléiade de films destinés, avant tout, à un jeune public. Walt Disney et le genre "Funny animal " ont largement contribué à lancer un style qui rencontra le succès même auprès  des adultes. 
Pour en savoir plus sur les débuts des cartoons (Looney Tunes and Merrie Melodies) et  de Titi et "Ro Minet" :
http://conchita.over-blog.net/article-la-veritable-histoire-de-titi-et-gros-minet-45050280.html

 Les Mangas (dessins japonais) ont également connu les habituelles  phases d'exploitation , de la bande dessinée au film. On reconnaît le graphisme particulier et esthétique des mangas. Les personnages (humains ou animaux) sont généralement dotés d'immenses yeux expressifs et les couleurs dominantes sont un savant mélange de teintes assez vives et de pastels. On reconnaît que cette forme de planche dessinée a des origines anciennes et l'on fait référence à certaines œuvres du grand maître de l'estampe : Hokusai.
Le succès de ces Mangas a largement dépassé les frontières de l'archipel nippon. Et des déclinaisons  des personnages-héros s'appliquent à maints produits : jeux vidéos, films, articles de décoration, vêtements, objets et gadgets.

Le Musée international du Manga à Kyōto ,  est  ouvert depuis l'année 2006.
京都国際マンガミュージアム,
Lire sur ce même blog

http://international-culture-blog.blogspot.fr/2014/10/hokusai-et-buren-art-for-eternity.html 
                                                   
Graphismes Cartoons et Mangas  (N-L. M)

Les films d'animation:  Très en vogue en ce XXIe siècle, la technique a su s'emparer et exploiter à fond les technologies de pointe, la dimension 3D, la reconstitution virtuelle, les outils informatiques alliés aux talents de la jeune génération de dessinateurs et de concepteurs graphistes. La France obtient d'excellents résultats dans cette discipline dite " ludique ", mais qui peut contenir aussi  une valeur pédagogique et instructive.
Kirikou, U, le chat du rabbin, le roi et l'oiseau, ... font partie d'une longue liste, de films français d'animation qui ont su trouver leur public,  en obtenant éloges et succès.
Si l'on peut remonter le temps des toutes  premières  projections  publiques jusqu'au XIXe siècle, l'époque contemporaine ne démérite pas. Et l'on a pu constater une véritable explosion de la création dans les années 2000, toutes catégories confondues ( courts métrages, séries, films publicitaires)
Voir un historique (jusqu'en 2012):
http://www.normalesup.org/~pcuvelier/wwwcinema/chronofrance.html
Se renseigner sur les écoles de cinéma d'animation (25 établissements en France)
http://www.reca-animation.com/

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ces 3 disciplines (cartoons, mangas , films d'animation) ne se bornent pas à des spectacles idylliques  pour public essentiellement enfantin. Plusieurs thèmes et  problèmes de société, plus graves et plus violents, sont traités également  par  ce moyen d'expression artistique. On pourrait penser que le message perde alors de son impact, mais il n'en est rien. Le graphisme simple, épuré,  mais non simpliste,   sait traduire avec force et justesse  les émotions et les sentiments. Ainsi, les adultes s'intéressent également à cette forme d'art distrayant, plus sérieux qu'il n'y paraît.



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mardi 27 janvier 2015

L'art en prisme


La fontaine de Trévi (1762) a perdu sa sirène, et l'enfant d'Aphrodite, parti au royaume des Dieux,  a rejoint le mont Olympe. Il reste le souvenir d'une scène de 7e Art,  devenue culte,  et le son d'une voix haut perchée qui,  depuis la variété, a su gagner le chœur des églises. Anita Ekberg -  83 ans-, et Demis Roussos (Αρτέμιος Βεντούρης Ρούσσος) -68 ans-,  ont donc quitté la scène, :laissant des images, ou des  chansons, qui savent encore émouvoir, même après leur disparition. Eau de fontaine, ou celle de" Rain and tears ", elles sont toujours  toutes deux  synonymes du temps qui défile:celui des chagrins durables et des joies passagères..
Et à la lumière des biographies, des témoignages post mortem, l'on peut s'interroger encore une fois sur l'impact de l'apparence dans la vie sociale et publique. Image de soi, image sublimée par le regard des autres, image renvoyée par les critiques, image projetée sur les écrans petits ou grands :  la star est vue à travers un prisme. Mais qu'il soit dispersif ou polariseur, il ne met en évidence qu'une seule facette de la personnalité.
Dans l'opinion  des professionnels du cinéma, en 1960,  .Anita Ekberg est ainsi passée de "iceberg " à "bombe anatomique suédoise" , en l'espace d'une projection de film ("La dolce vita " avec Marcello Mastroiani comme partenaire, musique de Nino Rota "La Bella Malinconica"). Si l'actrice a tourné quelques  autres films sous la direction de Federico Fellini, aucun  n'a égalé le succès de "La dolce vita". C'est dans ce célèbre film que le 1er "paparazzo" fait son apparition en tant que tel, on connaît la et les suite(s) ......
Comme un signe du destin, c'est à Rome qu'Anita a fini ses jours, plus que modestement, un peu oubliée par la presse et la profession,  après une carrière qui allait de l'année 1952 à l'année 2002.  Dans la fontaine où son ombre ne va  désormais cesser de jouer avec les jets malicieux, on lance encore  des piécettes par-dessus l'épaule, en faisant un vœu, et le carabinier de service empêche  les touristes de rejouer la scène d'Anita, même pour le temps d'un cliché. On ne copie pas un mythe.   
http://www.dailymotion.com/video/x2lkbw_dolce-vita_shortfilms

Demis Roussos, souvent associé à la Grèce, a connu cependant diverses influences ( égyptienne, française, anglaise, arabe, espagnole, gréco-byzantine...) qui lui ont permis d'évoluer sur la scène internationale avec une palette éclectique de chansons de variétés interprétées dans différentes langues. Derrière le simple interprète, chanteur à la voix immédiatement identifiable, il y avait aussi le musicien (guitare, trompette, basse, harpe). En groupe (We Five, The Idols (1961), Aphrodite's Child (1967)),  ou en solo (dès1971), Demis a mené sa carrière en suivant sa voie au gré des événements, des rencontres musicales (Boris Bergman, Vangelis, Lucas Sideras, Silver Coulouris, ...), avec un large éventail  allant des bases classiques lorsqu'il était choriste, au Gospel,  Folk, Pop, Rock, standards populaires de la chanson française, et même au chant sacré (Ave Maria) .
On estime à 60 millions le nombre de disques vendus en 50 ans de vie professionnelle. L'artiste à l'impressionnante stature,  a vécu en plusieurs endroits du globe, mais l'on retient pour mémoire son étonnante  demeure française  à Maison Laffitte, et celle de Voula en Grèce.   
Pour en savoir plus, lire  : 
http://www.demislegrec.com/francais/biographie.html
Pour revoir et réentendre Demis Roussos:
"It's five o'clock "
https://www.youtube.com/watch?v=bWKQyQ3aCpk

dimanche 25 janvier 2015

Foires et forains

" Au Roy appartient seul et pour le tout en tout son royaume et non à autre à octroyer et ordonner toutes foires et tous marchés" (ordonnance royale transmise par un lieutenant à la commune concernée)
Cf : Jean Combes "Les foires en Languedoc au Moyen-âge " (pages 231 à 259 - vol 13 - N°2 - 1958)
lire aussi : 
http://archives.brive.fr/Docs/BM212_juin2009.pdf
Attestées  vers le XIVe siècle,  dans le  Nord de la France, et relevant anciennement d'un droit régalien, les grandes foires marchandes ont une belle longévité dans l'hexagone. Selon les chiffres avancés par les communes (et par l'Histoire, dans certains manuscrits)  on annonçait, en 2014, une datation plus ancienne (le XIIe s.)  :
 Drouais: 835e édition ( foire fondée en 1179), à la même époque on cite également Troyes, Lagny parmi les plus fréquentées.
 Beaucroissant : 796e édition (foire fondée en 1219)
 Provins : 565e édition (foire fondée en 1450)
Plus au sud, les Foires méridionales : 
 Carpentras : 490e édition (foire fondée en 1525)
 Beaucaire: Foire internationale fondée en 1217, dite:  de Ste Madeleine.On y dénombra environ 120 000 visiteurs en 1769.

Bien évidemment,  on venait dans ces lieux pour faire des achats et des affaires. Mais ces rassemblements "économiques", qui pouvaient durer une à deux semaines,  étaient  prétextes également à des démonstrations, et des spectacles. Ainsi trouvait-on, sur les champs de foire, des bateleurs (jongleurs, montreurs d'ours, comédiens, acrobates..) pour distraire le public, montrer un certain savoir-faire, exhiber des sujets et objets inconnus, capables de susciter étonnement ou compassion. Ces manifestations se tenaient généralement sur les places publiques, dans le centre des villes,  ou sur un emplacement appelé "foirail". Quelques communes ont gardé, à travers les siècles,  le nom de ces endroits.
Lieux d'échanges, de ventes, de rencontres, on y retrouvait une autre ambiance que sur les marchés habituels (plus fréquents et présentant des produits locaux). On y venait de loin, parfois d'autres régions, on attendait cette occasion avec impatience et fébrilité, car elle ne se produisait qu'une fois l'an (sauf dans quelques villes comme à Lyon où se tenaient 4 foires /an). Généralement attachée à une période particulière, à un jour précis (exemple:  la St Michel, St Médard, St Louis, ou St André...  ), la Foire servait également de repère, par  la datation, pour traiter certains actes ou marquer le début ou la fin des travaux des champs (baux, impôts, récoltes, arrentements...). Il en est fait souvent  mention dans les archives de documents  notariés.

 Le Musée des Arts forains fondé par Jean-Paul Favard rend hommage à la mémoire du monde de la fête foraine, de ses attractions, de ses employés, et de ses artistes.
Nées au XIXe siècle, ces fêtes sont des continuités des  médiévales qui accompagnaient les foires marchandes. Les cabinets de curiosité (cf l'abbé Jean-Antoine  Nollet (1750))  en sont également l'origine.   L'itinérance comme mode de vie, la volonté de montrer des nouveautés, des technologies récentes, ont toujours été chevillées au milieu particulier de la fête foraine qui, par là même, dépasse le seul but de l'amusement du public.
Manèges, carrousels,  stands divers, confiseries, attractions sous chapiteaux, chenille, Mur de la mort,  train fantôme, lutteurs, hommes forts, petits chevaux de bois,  bateau pirate, autos tamponneuses, voyance, loteries,grappin à surprises, pêche au canard, grande roue, tir à la carabine, grand Huit, ...même si les noms des manèges changent au cours des décennies,  les animations,  les émotions, les  sensations,  sont les mêmes. On chahute, on rit, on crie, on joue à s'effrayer, pour quelques instants. Tous les publics, jeunes et vieux,  sont attirés par les flonflons, les lumières multicolores, les parfums des beignets, des pommes d'amour, des barbes à papa. On se presse donc, le plus souvent  en famille, ou en groupe d'amis,   pour déambuler sans autre souhait que celui de s'amuser,  entre les baraques de la foire, au son de musiques dominantes.  
Souvent décriée,  pour l'exhibition de  personnages  dits "phénomènes", la foire du XIXe s. (et même  jusqu'au début du XXe s en 1958, à Bruxelles), comme certains cirques,  employait des êtres souffrant de problèmes de poids (obésité) ,de taille (hyper ou hypo croissance), d'hypertrichose ou d'hirsutisme. Cette époque est bien révolue, les mentalités ont évolué, et la Loi  a veillé. 
On doit souligner que les premières avancées technologiques du XXe s. ont été, en partie,  popularisées  par leur présentation sur les champs de foire, au son des limonaires.   Ainsi en est-il des épreuves photographiques , des premiers films de cinématographe.
Considérée comme une véritable institution,  en 2013 la Foire du Trône (Paris) a fêté sa 50 e édition.
A signaler aussi :  la  Dippemess de Francfort (Allemagne), la foire de Mouscron (Belgique- du 20 au 29 mars 2015), la fête foraine de Brighton(Angleterre), la feria de Barcelone (Espagne- avril 2015), le célèbre parc du Prater à  Wien(- Autriche) où la fête foraine est permanente.




Pour en savoir plus :
Pierre Léon, Vie et mort d'un grand marché international. La foire de Beaucaire (XVIIIe-XIXe siècles)- 1953-
Marcel Campion et Catherine Gravil: D'où viens-tu, forain ? 
http://www.museedelamagie.com/h_pages/pedehef/expo_forain%20.pdf
http://www.linterforainonline.fr/pages/La_Foire_Saint_Laurent.php
http://www.arts-forains.com/

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pour B.H.


dimanche 18 janvier 2015

La marotte du bouffon

Depuis l'Antiquité (à Suse, Ecbatane, ... cf  Charles Magnin (1838)" Les origines du théâtre moderne, histoire du génie dramatique du 1er au XVIe s. "), la dérision a toujours été proche du pouvoir. Ainsi Momos (Μῶμος) était-il déjà près des Dieux de l'Olympe ! Le bouffon du roi, sans avoir de place enviable, avait néanmoins sa  fonction. Bien avant les Lénéennes grecques (fêtes Dionysiaques) où brillaient Phérécrate, Strattis, ou Cinésias, on trouvait auprès des monarques, des individus qui maniaient habilement la dérision. On mesurait souvent la grandeur d'un empire à l'impertinence  du propos tenu par le bouffon. Même si le rire était craint, donc  proscrit dans certaines sphères ( cf le film:  " Le nom de la rose"), le Moyen-âge n'a pas manqué à la tradition, et nombre de  ces amuseurs, à l'insolence mesurée,  ou hardie, ont une renommée qui a franchi les siècles allègrement, certains ont été les héros d'opéras, d’œuvres picturales,  ou de romans. Ainsi en est-il de Triboulet Langely, Gonnella, Rigoletto, Chalamala de Gruyère,.. Les bouffons médiévaux ajoutaient à leurs propos humoristiques de vrais tours d'adresse, de la jonglerie, à quelques tours de passe-passe, en passant par l'acrobatie.
Le rire étant le propre de l'homme, les bouffons se devaient d'avoir la répartie aussi spirituelle que rapide (et parfois cinglante). Mais les rois ne manquant pas, eux non plus,  de répartie,  les échanges sont parfois passés à la postérité. Ces traits d'esprit vif, signes flagrants d'intelligences affûtées, ont connu plusieurs périodes fastes : le XVIIe siècle, avec Louis XIV et son entourage de courtisans, le XVIIIe s.: celui des lumières... où il était de bon ton (et prudent) de manier le verbe à dessein, sous peine d'être évincé d'un cercle influent.

Le bouffon, au chapeau bicolore  à grelots,  et sa marotte (sceptre grotesque, prolongement du bras, servant à désigner) sont descendus dans la rue,  et souvent sont présents dans les Carnavals et Charivaris.
On les rencontre également sur des tableaux (Allemagne, Espagne,..),  dans des scènes de liesse populaire. A l'époque contemporaine ils sont devenus chansonniers, comiques, interprètes de on-man-show, .. L'artiste est reconnu derrière son masque d'amuseur public, car le talent est toujours là. L'individu s'adresse à tous,  sous des variantes multiples: satire, outrance, drôlerie, comique léger ou appuyé, grivoiserie, brocarde, contrepèterie, jeux de mots (au1er, 2e, ou 3e degré), caricature, sarcasme, moquerie, imitation, critique, aphorismes, burlesque, lazzis, ... Sous le verbe, la "patte " peut se faire plus ou moins pesante, allant de l'éraflure jusqu'à l'égratignure.. Elle peut être  également  dénonciatrice, et montrer du doigt. L'enjeu est:  la mesure dans la démesure.
Très tôt, le statut de bouffon, son rôle, son utilité,  dans les sociétés, sa liberté de ton,  ont été le sujet de maintes questions, et  ont donc fait l'objet d'études et de réflexions multiples.

Pour en savoir plus:  ouvrages, romans, essais,  thèses, ..:
Le rire (essai).  Henri Bergson 
L'éloge de la folie. Erasme

Bouffons des temps modernes : figures de bouffons dans le théâtre d'Alfred Jarry, Eugène Ionesco, Samuel Beckett, Roland Dubillard, Jean Tardieu, Michel de Ghelderode et René de Obaldia , par Benjamin Dang
Le bouffon sur la scène anglaise au XVIe s. Victor Bourgy
 
Sur ce même blog : 
 
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mardi 6 janvier 2015

Au royaume des collections

La survie de l'art est due aux créateurs, aux restaurateurs, aux commerciaux  professionnels,  mais avant tout aux passionnés. Sans maintes  actions conjuguées de sauvegarde,  objets, édifices, meubles, costumes, bijoux,  seraient dévolus aux oubliettes du temps, à la dévalorisation. Chaque époque de l'Histoire a connu ses courants de modes, périodiquement et immédiatement chassés par le suivant.. Moqués, raillés, reniés, car démodés, les divers  accessoires et les emblèmes, passent alors  à la trappe, ou sont relégués dans une malle de grenier, par des individus "fashion victims" impatients de répondre à l'appel des  sirènes de la nouveauté.   Puis, par un sursaut du nostalgique  mouvement "rétro" ,  ou dans un élan de lucidité, les vieilleries reprennent du service, on va même jusqu'à les copier..
Eternel recommencement, qui résume souvent la versatilité humaine !  Cependant certains amateurs irréductibles ont décidé de laisser libre cours à leur passion des collections. Ainsi, allant parfois à contre-courant avec leur temps, ils amassent des" trésors", glanés, chinés, dans les brocantes, les salles des ventes, au prix de sacrifices matériels (temps et argent), mais pour leur plus grande satisfaction. On entre alors dans une spirale qui va de la thésaurisation à l'échange. L'objet passe de mains en mains en des laps de temps variables. De l'autocollant à la capsule de bouteille, de l'étiquette publicitaire à la médaille de sport:  rien n'est banni ou honni, tout se collectionne. Alors, comment avoir le courage de se débarrasser de ce que l'on a tant eu de mal à obtenir, et que l'on a tant aimé? Cruel dilemme !  La nécessité, souvent, fait loi,  ou le simple passage d'un engouement à un autre.. Les collections privées ne sont pas toujours faciles à gérer, car  il faut, certes, quelques moyens financiers,  mais aussi de l'espace, du temps pour la recherche, afin de compléter la série par  de nouvelles pièces.  Si l'on n'est pas fixé sur un thème (les tableaux, les colifichets, les jetons,  les disques, les manuscrits, les livres rares, les BD,  ..) il est cependant nécessaire d'en cerner  un,  et de concentrer ses efforts sur un aspect de la collection: une période déterminée, un artiste précis, un courant d'expression artistique ciblé.

Tel un roi en son royaume de conte de fées,  le collectionneur jubile, et exulte,  lorsqu'il peut présenter sa collection. Il en parle avec verve, plaisir, et avec  cette passion caractéristique, qui est  souvent communicative. Certains de ces inconditionnels y consacrent toute une vie,  et acceptent même,  peu à peu, l'envahissement de leur espace résidentiel. Certes la  fierté d'avoir déniché la pièce rare justifie, aux yeux du collectionneur, l'intérêt , le temps et l'argent consacrés à la quête de l'objet. Pour le quidam insensible à la démarche, cela peut paraître futile. Or, dans bien des cas on peut reconnaître  une utilité  avérée,  dans cette activité considérée comme ludique, qui entre dans la catégorie des hobbies. Car, parfois on en fait un métier rentable  à part entière. Et, que l'on  devienne alors: antiquaire, brocanteur, conservateur, restaurateur... on est toujours amateur de beaux objets et de pièces rares ayant une histoire. En effet, derrière chaque spécimen se cache une anecdote, un dédale. Et l' on se plaît à remonter le temps à la recherche des lieux parcourus, des divers propriétaires successifs de l'objet. Souvent l'on est surpris  par la sensation de vivre, à travers ces épisodes, un vrai roman. Oui, on sait ce que l'histoire de l'art doit aux collectionneurs. Combien de  tableaux, de meubles, de tapis, de bijoux, dont on a retrouvé trace dans les salles de vente, ou les expositions de collections privées, ont pu être sauvés de la décrépitude, de la destruction, ou de l'oubli ?  Le patrimoine collectif est, certes,constitué par les  biens nationaux, mais les dispersions causées par les événements historiques en ont tronqué une fraction. Il arrive que l'on en retrouve quelques articles au détour de l'actualité, et, dans bien des cas, le hasard et la chance y ont leur part.
Autour des collectionneurs
quelques termes de Vocabulaire : 
Fabophile- (fèves). Numismate (monnaies). Canivettiste (images pieuses). Ptérophile (plumes d'oiseaux). Lithophiliste (pierres). Héraldiste (blasons). Philatéliste(timbres). Echéphile (jeux d'échecs)....
Salons :
9 et 10 janvier 2015 : 64e Cartexpo ( Paris) 
Février 2015 Salon Rétro Mobile (Paris)
22 fév 2015 : Alzon (Gard) 1ère édition d'une bourse multicollections (timbres, BD, cartes postales...)
 pour plus de renseignements: 
http://www.francecartophilie.fr/content/9-l-agenda-des-bourses-et-salons

                                                                                                                                          à J.D.

(2015: 3e année d'International Culture Blog)
176 articles parus, 31100 pages lues.
Merci à tous les lecteurs 

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