jeudi 12 juin 2014

Un siècle, c'est bien court, sage Gisèle...

En Juin 2014  la comédienne Gisèle Casadesus fête son centième anniversaire : parcours exemplaire pour une femme exceptionnelle.  Epouse, mère, femme active, et de conviction, Gisèle a mené, et mène encore,  une vie bien remplie. Elle se raconte dans un ouvrage, paru récemment :"100ans, c'est passé si vite !", dont le titre donne le ton. D'origine slave, par sa grand-mère maternelle, G. Casadesus a grandi au sein d'un foyer d'artistes, auprès d'une mère harpiste (Marie-Louise Beetz) et d'un père musicien-compositeur (Henri Casadesus) . Bien qu'ayant choisi de faire carrière au théâtre, la musique est omniprésente tout au long de sa vie. Mariée à Lucien Probst (homme de théâtre)  et mère de quatre enfants, Gisèle Casadesus a su inculquer les bases de la culture musicale à chacun d'entre eux, ainsi qu'aux générations suivantes. La descendance est là pour en attester, même si les voix chosies sont autres , l'art  reste prédominant dans la "dynastie Casadesus" .Transmission d'un savoir qui est, en fait, une vraie passion.
1er prix de Conservatoire d'Art dramatique en 1934, ce sont ensuite 28 années, au service du répertoire de la Comédie Française, et sur diverses scènes parisiennes  pour Gisèle,  cette fidèle Montmartroise qui n'a pas hésité,  non plus,  à franchir les frontières, lors des tournées internationales, pour porter haut les subtilités de la langue de Molière. Théâtre et cinéma ont donc ponctué sa vie professionnelle, dont quelques rôles remarquables, lors de dialogues mythiques (avec G. Depardieu dans : "La tête en friche" (2010).  

Gisèle Casadesus c'est à la fois la courtoisie,  l'élégance, la discrétion,  la modestie, la simplicité, la classe naturelle. C'est surtout   un sourire bienveillant sur la vie, agrémenté d'un regard lucide et honnête sur le métier  de comédienne. C'est également une grande sagesse, apportée, certes,  par l'expérience et les leçons de l'existence, mais assurément  par l'intelligence et la circonspection. L'une des amies de sa profession a trouvé un bien charmant et pertinent anagramme de Gisèle Casadesus : "Sagesse du ciel". Toute une philosophie de vie pour une grande dame,  qui a toujours vécu sa Foi protestante avec authenticité et fidélité. 
 

Pour en savoir plus : 
sites à consulter : 
- La dynastie Casadesus
- Jean-Claude Casadesus (directeur de l'Orchestre National de Lille)
- Dominique Probst (compositeur et percussionniste)
- Martine Pascal (actrice)
-Béatrice Casadesus (peintre, sculptrice, professeure d'architecture)
- Le livre : "Gisèle Casadesus, le jeu de l'amour et du théâtre" ( Philippe Rey)

Au cours d'un siècle d'existence,  les anecdotes ne manquent pas,  et  de nombreux  souvenirs  sont là, bien présents, pour évoquer les grandes rencontres professionnelles( Gabin, Raimu), sur la scène, devant la caméra, pour le grand ou le petit écran. Gisèle sait en faire profiter le public, ainsi que  les jeunes générations à qui elle donne volontiers  maints précieux conseils.


à voir ou  revoir les émissions:  
-http://www.ktotv.com/videos-chretiennes/emissions/nouveautes/v.i.p.-gisele-casadesus-et-bruno-procopio/00085786
http://www.micheldrucker.fr/billets/les-secrets-et-la-classe-de-gisele-casadesus.html,9,76,0,0,551



Ce n'est pas trop de toute une vie pour confronter l'un par l'autre ce monde où nous sommes et ce monde qui est nous."
Marguerite Yourcenar, L'Œuvre au Noir.


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lundi 9 juin 2014

Deux expos parisiennes pour R. Mapplethorpe: photographe américain.

 En 2014, Paris consacre deux expositions exceptionnelles   au photographe américain : Robert Mapplethorpe .(1946-1989)
Deux importants pôles culturels proposent  individuellement une étonnante rétrospective,  pour un duo de regards complémentaires sur l'ensemble de l'oeuvre.
- le Grand Palais (du 26 mars au 13 juillet)s'intéresse à la production de l'artiste sur la décennie : de 1970 à 1980. Etonnants portraits de célébrités, singuliers autoportraits, gros plans sur des détails anatomiques, ... le tout en noir et blanc. Ce thème-là est exprimé plus comme un dialogue, une complémentarité,  qu'une réelle opposition.  L'affiche interpelle par le choix de l'autoportrait (exécuté peu de temps avant la disparition de son auteur).
La symbolique (canne de marche à crâne simiesque) prend alors tout son sens. L'homme,  aux traits las et figés, brandit cette morbide représentation comme pour se rendre à la fois  maître de sa destinée, et annoncer l'inéluctable fin. Peut-être est-ce là une façon de considérer la fulgurance de sa vie, partagée entre un  éclatant talent, et une recherche personnelle oscillant entre la clarté  mystique, côté face, et l'obscur verso ?
http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/robert-mapplethorpe
 - le Musée Rodin ( du 8 avril au 21 septembre  ) 
 On peut y découvrir une thématique mettant en exergue des parallèles entre le travail du sculpteur  Auguste Rodin, et celui du photographe. L'académisme est frappant de similitude tant les postures , les modèles sont en adéquation. Mains, têtes, corps,  sont exaltés, tant comme sujets,  que comme modèles de perfection, qui forcent l'admiration par le rendu si proche du réel.  Un aspect de la production du photographe qui, confrontée à celle du sculpteur, prend ainsi toute son amplitude. On a souvent évoqué cette façon personnelle que Mapplethorpe avait,  pour aborder et pratiquer  son art:  en tenant compte de la mise en scène et de l'éclairage du sujet, afin d'en faire ressortir la dimension et l'intensité voulues.
http://www.musee-rodin.fr/fr/exposition/exposition/mapplethorpe-rodin
Influencé par la production d'Andy Warhol Robert Mapplethorpe a cependant développé son propre style très précocement. Ses débuts ont été marqués par la pratique du dessin, de la recherche en technique photographique, la consultation de fonds photographiques de musées, ainsi que les premiers essais de photos à l'aide d'un modeste Polaroid. Derrière le provocateur, l'artiste dérangeant, autant critiqué qu'admiré, transparaît un homme écorché vif, hanté par des désirs et des fantasmes qu'il cherche à exorciser par la mise en images,  stylisée et scénarisée. Le regard est lucide,  voyeur, cru, sachant aussi se montrer hautement esthétique, décomplexé, parfois éloigné de la bienséance ou du "bien-pensant", mais jamais loin d'une certaine et évidente poésie.
Patti Smith
 Patti Smith, (musicienne, chanteuse de rock, poète, peintre et photographe),dont il fut l'ami, en parle avec beaucoup d'affection et de nostalgie. Elle fut présente lors du vernissage de l'exposition du Grand Palais, et à cette occasion a participé à de nombreuses émissions de TV , accordant même quelques interviews à la presse. Elle a rédigé un livre de souvenirs " Just kids", dans lequel est évoquée la période de sa vie avec R. Mapplethorpe.
- (lire l'article paru dans l'Express Culture, narrant la rencontre avec R. Mapplethorpe)
.http://www.lexpress.fr/actualite/patti-smith-raconte-robert-mapplethorpe_1502868.html
- (écouter P. Smith chanter "Horses" ,  et "Hey Joe", in live ) :
https://www.youtube.com/watch?v=c3coSfks4rQ
Réduire l’œuvre de Mapplethorpe aux seuls clichés érotiques, qui en partie ont fait sa notoriété,   serait singulièrement réducteur, et l'on passerait ainsi à côté des photos les plus caractéristiques de sa maîtrise de  la prise de vue:  celles des végétaux, et les portraits de célébrités, entre autres.On est frappé par l'expression vraie, sans maniérisme, qui se dégage de chaque personnalité. (sur le montage ci-dessous : Yoko Ono, Andy Warhol, Paloma Picasso, Iggy Pop, William Burroughs..)

montage N-L. M.
 Pour en savoir plus sur la production et la biographie de Robert Mapplethorpe ,  consulter le site de La  fondation :  http://www.mapplethorpe.org/

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Man Ray (1890-1976): peintre, architecte, mécanicien, et connaissant le dessin industriel, faisant partie du courant dadaïste,  fut lui aussi un grand photographe, célèbre pour ses saisissants portraits.
Man Ray
montage N-L. M.
Pourquoi rapprocher le parcours de ces 2 artistes ? On pourrait répondre qu'il y a comme une filiation dans la captation des visages, des silhouettes, des poses, par l’œil du professionnel derrière l'objectif.  Les deux hommes ont cassé les codes, avec la revendication affichée d'une recherche identitaire dans l'exercice de leur talent respectif . Question de singularité, d'anti-conformisme, du droit à exploiter d'autres pistes que les canons
académiques en y faisant, paradoxalement, une évidente référence.
De Coco Chanel, à Pablo Picasso, nombreux sont celles et ceux qui se sont pliés à l'exercice de la pose,  pour être fixés à jamais sur la pellicule par Man Ray. 


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samedi 7 juin 2014

Verriers d'Art : white light ..

La fragilité du verre pourrait en limiter l'usage. Mais la magie de la matière est telle que, très tôt,  l'on n'a su, ni pu, se contenter de l'usuel quotidien. Il a donc fallu  aller plus loin: vers l'objet d'art.
La transparence, la translucidité, ou l'opacité, la multiplicité des couleurs et des formes, autorisent toute l'expression créative des artisans du verre.
Depuis le 19 mai et jusqu'au 15 juin 2014, Rodez est le centre d'expositions plurielles pour les maîtres-verriers et  céramistes contemporains.  Six lieux, répartis dans la capitale aveyronnaise, ont été retenus pour cette manifestation. : Mission départementale de la Culture, office de tourisme, Atelier R. Blanc-Bessière, boutique Brossy, Hôtel de ville et la Galerie Ste Catherine. L'ensemble constituant une agréable déambulation dans le centre ancien de la cité Ruthénoise. Cette initiative est due à l'association Dare d'Art (www.asso-daredart.fr) en partenariat avec la commune, la région, le conseil général.
(à noter : le très intéressant catalogue de l'exposition avec présentation de chaque artiste  exposant)

Plus de quarante artistes ont mis en commun certaines de leurs pièces d'exception pour cette remarquable exposition collective, sous le titre général  de "Lumière blanche, écho d'autres noirs". La mise en scène de chaque espace est particulière au local de présentation, sans que la cohérence d'ensemble n'en soit atteinte. Les œuvres, sont toutes l'expression d'un talent singulier et  personnel. Maintes techniques sont représentées : inclusion, assemblage,travail au chalumeau, vitrail, facétage, polissage....

montage: NLM- photos C.V.@
Savoir-faire, talent, compétence, expérience, recherche, matière maîtrisée... , le verrier contemporain n'ignore rien des pratiques anciennes qui remontent à l'antiquité. Il s'en empare afin de mieux les  mettre au service d'une exploitation contemporaine, qui fait place aux multiples interprétations de l'inspiration. Restauration de vitraux, créations d'objets décoratifs , ou usuels (lampes, vases, récipients), œuvres d'art (sculptures, mobiles, suspensions, tableaux en relief), les applications ne manquent pas.  Lalique, Daum, Charder, sont les aînés de ces artistes contemporains qui, à leur tour, utilisent l'émaillage, la gravure à l'acide en camées, le décor en relief, et  le modelé à chaud sur des pâtes de verre polychrome.

Art du feu, le travail du verre fascine. Il fut jadis entouré de mystères. Sa fabrication, transition vitreuse,  (considérée comme une étrange et magique  association alchimique: silice, soude, chaux.. ) suscitait donc  la curiosité.  Actuellement cette activité fait l'objet de visites commentées, d'explications pédagogiques, et l'on est toujours intéressé par le spectacle étonnant du souffleur de verre dans sa fonction. Nombreux sont les lieux (Murano (Italie), Claret(Hérault, le chemin des verriers),  où l'on peut assister à cela.
http://www.cc-grandpicsaintloup.fr/-Halle-du-verre-.html


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vendredi 6 juin 2014

Pierre Soulages: so generous black sun !

L'ouverture du Musée Ruthénois, en fin de mois de mai 2014, a suscité maintes émotions. De la joie à la fierté, de la reconnaissance à l'admiration,  de l'étonnement aux interrogations, certes, mais nul n'est resté insensible à cet événement mondial qui a mis en émoi (et aussi en effervescence)  la préfecture aveyronnaise.
(photos, montage: N-L. M. @)

Pierre Soulages, Ruthénois, "enfant du pays aveyronnais  ", puisqu'il naquit à Rodez un 24 décembre 1919, rue Combarel, est un maître absolu de la peinture contemporaine, doté d'un esprit créatif et novateur. Sa première exposition a eu lieu à Paris,  au Salon des Surindépendants, en 1947, avec d'autres artistes dont Bott, Ubac, Mathieu, Malespine... (ce salon fut présidé par P. Mendès-France). Trois ans plus tard, le succès venant, c'est l'échelon, international.  Ne se réclamant d'aucun courant,  d'aucun groupe, ni d'aucune école, le peintre n'a pas voulu valider l'entrée à l'académique "Ecole Nationale des Beaux-Arts" .Ayant un  atelier à Paris , et à Sète, l'artiste a conservé  un fort attachement au  Languedoc.  Grand personnage, dans tous les sens du terme, car il mesure presque 2 m, l'homme a su  aussi  se montrer grand seigneur. En effet, en  2005 et 2012 son épouse  Colette et lui-même   ont fait donation de plusieurs  œuvres à la communauté d'agglomération du Grand Rodez, autorisant l'idée de ce musée. Partager l'art avec le public :  belle et noble démarche, indispensable pour tout artiste !.
"Œuvrer dans et pour la beauté ". 
Conques : voyage décisif en 1931.  Le déclic lors  de la visite de l'abbatiale,  a relevé presque de la révélation,  et a été  déterminant dans la vocation du peintre.Quelques années plus tard,   la conception des vitraux ( non colorés avec des barlotières en biais) a suscité la surprise, puis l'admiration. Maîtriser la lumière pour la faire pénétrer à sa guise dans un édifice religieux médiéval, relevait du défi, et de la nouveauté absolue. 
(photo :N-L. M. @)
L'Outrenoir, emblème d'une partie de la production de P. Soulagesa émergé en 1979, après de nombreuses séances de recherches picturales et pigmentaires. La couleur noire est magnifiée, déclinée, exposée dans son individualité (pas de contiguïté avec d'autres couleurs), mise en reflets et en relief. Elle capte ainsi d'autant mieux la lumière naturelle, qui vient de l'extérieur,  cherche à la "cueillir", plutôt que la frapper, selon l'angle directionnel que la course diurne lui octroie et impose .  Le choix de grands formats confère à chaque tableau  une certaine force. Face à l’œuvre le visiteur peut être décontenancé ou impressionné, curieux ou admiratif, mais jamais indifférent.  La couleur noire, sortie enfin de  son funèbre (et occidental) contexte, peut accéder à la beauté intemporelle, en une éclatante  sublimation, entre profondeur,  matité, brillance, chatoiement,  et surbrillance.

Le musée /  Érigé sur l'emplacement de l'ancien Foirail, c'est un étonnant espace dans son écrin,  constitué de  parallélépipèdes de béton, recouverts  de plaques de métal oxydé brun rougeâtre(acier Corten). Il n'est pas entièrement dévolu aux toiles de P. Soulages. Le lieu  développe une surface de 1600m², dont 500 sont consacrés à l'exposition temporaire des œuvres d'artistes invités. L'ambiance générale est sobre, et la mise en scène à la fois pédagogique, chronologique, le musée est  accessible autant  aux enfants  qu'aux adultes. Il abrite un centre documentaire, un lieu de projection,  et une salle de conférence. Lors de l'inauguration la foule a été dense et patiente, supportant  une longue attente, avant d'accéder au musée, dont l'entrée fut gratuite, pendant ce w-end inaugural  Mais l'enjeu est de taille car la collection permanente comporte 500 œuvres (dont des eaux fortes, lithographies, sérigraphies, encres, brous de noix, gouaches...), augmentées des  23 "Outrenoirs"   de l'exposition temporaire : ce qui constitue l'ensemble le plus  important, au monde, de l'impressionnante  production de P. Soulages.  
(photos, montage: N-L. M. @)
Quelques expositions récentes :
- St Paul de Vence :Fondation Maeght (du 30 juin au 5 nov. 2006)  "Le noir est une couleur"
- Strasbourg "Soulages, le temps du papier" (31oct. 2009 au 3 janv. 2010)
- Montpellier (en 2011) collection devenue, depuis lors,  permanente
- Lyon (fin 2012 janv. 2013)
- New York (du 24 av. au 27 juin 2014)Galerie D. Lévy et E. Perrotin
Parutions : L'ouverture du Musée P. Soulages est un événement qui  a fait l'objet de nombreuses parutions.  Ce fut aussi l'occasion de mettre en exergue les ouvrages déjà édités,  consacrés à son parcours professionnel et à ses œuvres.
La médiathèque de Rodez (www.ville-rodez.fr) propose une très intéressante et très complète  brochure, en petit format,  sur les ouvrages de prêt. De la biographie, à la filmographie,  du fameux catalogue raisonné de l’œuvre (par Pierre Encrevé) aux illustrations d'ouvrages,  rien de ce qui concerne P. Soulages, n'est oublié.
Depuis les premiers dessins de Pierre Soulages, tracés  durant son enfance, ici à Rodez, dans sa maison natale, presque un siècle s'est écoulé, en une carrière exceptionnelle faite de travail, de recherches, de questionnements, de créations,  jusqu'à la concrétisation de l'immense projet du musée éponyme.

Venir à Rodez c'est aussi, lorsque l'on y accède par le sud,  avoir la possibilité de traverser le viaduc de Millau, qui, en cette année 2014 , fête ses 10 ans de construction. (cf le hors série 2014, du quotidien  Midi Libre, qui célèbre cet anniversaire) . Le spectaculaire édifice, haute figure de l'Aveyron, a su allier, grâce à l'ingénieux talent de l'architecte Norman Foster, l'esthétique au fonctionnel. 


Pierre Soulages :"L'Art donne un sens à la vie "


(technique son et image C.V. pour ICB@)



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mardi 20 mai 2014

Origami, Kirigami , l'art du papier

Aussi léger qu'une feuille de papier ....? Et pourtant...
L'art n'en finit pas d'élargir sa palette, au fil des siècles, en fonction des techniques et technologies nouvelles, qui permettent aussi bien de l'appréhender que de le concrétiser .. L'Extrême-Orient a cultivé, avec un soin particulier,  le raffinement dans l'expression artistique. Avant d'arriver au  Japon et d'y trouver une reconnaissance internationale, certains savoir-faire étaient déjà en pratique  en Chine.  Ainsi en est-il de ces divers procédés de fabrication et  de travail du  papier.
Origami : art du pliage (.折り紙 ) La fameuse cocotte, qui trônait sur quelques bureaux, en était l’emblème, et parfois même, la caricature..Comment ne pas évoquer, également, les "salières" qui égayaient les cours de récréation dans les années 60, et même au delà, en faisant la joie des participants aux  ateliers de travaux manuels ? Mais, d'authentiques artistes ont développé la simplicité de la technique enfantine,  afin de  se livrer à de très savants pliages, pour réaliser de réels  éléments décoratifs. Le pliage devient alors concept de Design, modèle à reproduire,  et on le copie sur des matériaux plus résistants, comme le plastique, la faïence, afin d'en figer la structure. On n'est plus dans le domaine de l'éphémère, du fragile, du réemploi possible, mais dans la fixité d'un élément devenu objet de décoration ( abat-jour, bibelot...).
 voir le site internet du MFPP : (Mouvement français des plieurs de papier)
http://mfpp-origami.fr/lassociation/ 
Kirigami: art du papier découpé.  Si l'on en fait des ribambelles de personnages ou de flocons de neige dès la maternelle, les adultes se sont emparés de l'activité pour l'améliorer, la détourner du seul amusement, et en faire une discipline très au point, requérant minutie et créativité. Si, dans la technique de l'origami,  l'on privilégie la notion de volume , dans celle du kirigami, elle est souvent également présente,  en complémentarité de celle de la perspective. Dans ce cas, l'on peut considérer que les œuvres sont de réelles constructions de papier. 
voir le site internet éponyme  : 
http://www.kirigami.fr/
et celui de l'architecture Kirigami en galerie virtuelle.
Peu coûteuses, ces 2 activités,  autour du papier, rencontrent un franc succès. Elles peuvent se pratiquer aussi bien en classe, en club,  ou chez soi, car elles  ne nécessitent, en effet, que la paire de ciseaux, la feuille de papier et  quelques crayons de couleurs. Mais la patience, l'application, le respect des proportions, la maîtrise des outils,  sont des vertus indispensables pour réussir un rendu de motif abouti, satisfaisant, et..."présentable".
Antoine Guilloppé : auteur, illustrateur, graphiste, publicitaire né en 1971, pratique le kirigami en utilisant la découpe au laser. Connu pour ses albums destinés aux jeunes, pour ses diverses publications et illustrations d'ouvrages, ainsi que pour ses participations à de multiples expositions (dont celle de Lunel le 23 mai 2014 à la Médiathèque), et ses interventions en milieu scolaire, l'artiste affirme une réelle originalité dans un style très poétique. A travers ses découpages en noir et blanc, on s'immerge dans un monde végétal dense, peuplé d'animaux sauvages, d'oiseaux ( ex: dans l'album "Plein soleil"). Si les enfants et les ados sont sensibles à cette figuration particulièrement détaillée et minutieuse, les adultes n'en sont pas moins curieux, et admiratifs. C'est donc un public très large qui est intéressé  par ces productions, avec le questionnement habituel :"Comment fait-on pour obtenir une telle précision dans ces délicats découpages si esthétiques ?"
Pour en savoir plus
http://imagiervagabond.fr/expos/dentelles-de-papier
http://mediatheque.paysdelunel.fr/page/dentelles-de-papier-d-antoine-guilloppe
Autre technique, autre savoir-faire : le travail du papier, celui que l'on appelle "papier Japon" , selon la méthode traditionnelle, et dont l'on fait maints emplois, notamment pour  la restauration de livres et la fabrication des masques. Un nom est indissociable de cette discipline : le papetier     Benoît Dudognon. Rompu à plusieurs formations : en occident (Centre de Conservation du livre à Arles)  et en  Extrême-Orient (auprès d'un grand maître de renommée mondiale) ,  l'artisan applique ses connaissances dans plusieurs secteurs,  en  partageant son expérience professionnelle, sa maîtrise, et son savoir, puisqu'il donne des conférences sur le thème de ses activités,  et participe à des stages de formation.
Conférence du 20 mai 2014 à Nîmes au Carré d'art .
 http://www.atelierpapetier.com/contact/


Lorsque le  pliage est bien plus qu'un passe-temps, ou qu'objet de décoration, il devient alors porteur de message, comme  la pacifique colombe,  sous la forme d'une  grue en papier, symbole de paix,  en mémoire de (佐々木 禎子) Sadako Sasaki.





http://www.dailymotion.com/video/x192r8h_imagine-all-the-people-living-in-peace_creation

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lundi 19 mai 2014

Dédale urbain au Grand Palais

A Paris, au Grand Palais, du 10 mai au 22 juin 2014, la 6e édition de la Monumenta,  sous le titre générique de "L'étrange cité", propose une déambulation urbaine dans une ville  intrigante  et utopique , entre rêve et imaginaire, grâce aux créateurs de l'oeuvre: le  couple d'artistes russes : Emilia et Ilya Kabakov. 
La manifestation est soutenue par le ministère français de la Culture et de la Communication et par le Multimedia Art Museum de Moscou.
L'exposition offre une conception multi-émotionnelle  d'une ville idéale pour une vie meilleure, tournée résolument vers l'avenir .Etrangeté de cette vie, déclinée en espaces multiples, sous l'éclairage cru d'une luminosité dense, l'exposition a de quoi susciter l'interrogation aussi bien que l'étonnement. L'art conceptuel, par son esthétique dépouillée, se voulant neutre, n'est-il pas une expression de la volonté des créateurs à provoquer ce genre d'émotions et d'attitudes? Miser sur  des volumes pour se jouer de la lueur vive que transmet l'immense verrière de la coupole du Grand Palais est,  depuis 2007,  une opportunité artistique intéressante. Une nef  à la mesure de la démesure (surface de 13 500 m² et 45 m de h), pour une exposition d'art contemporain dont on ne trouve aucun équivalent ailleurs. Après D. Buren, A. Kapoor, R. Serra, A. Kiefer, C. Boltanski, les artistes underground engagés : Emilia et Ilya  Kabakov investissent le lieu pour un nouveau temps fort . Le nombre de visiteurs toujours croissant, a doublé depuis la 1ère édition de la Monumenta. Ainsi, en 2012, étaient ils près de 260 000 à venir voir l’œuvre de Daniel Buren:"Excentrique(s)." Et l'on suppose que 2014 verra aussi une fort importante  fréquentation.

D'abord élaboré sur plan, puis monté en maquette, chaque projet (exposition ou décor de théâtre) prend corps dans l'atelier, véritable refuge pour ces artistes russes, qui avouent se dégager du quotidien,  afin de mieux se plonger dans l'univers artistique créatif. Après le centre Pompidou (Paris, en 1995), Berlin (en 1990, le  collectif : Artistes pour la liberté,  le mur abattu est devenu symbole et support artistique ), le retour à Paris se fait donc au
Grand Palais avec la présentation d'une pièce gigantesque,  à la dimension du cadre,  pour une proposition de voyage de l'autre côté du miroir, à la recherche du sens, et de soi-même. Plusieurs techniques, (dont la peinture, la sculpture, l'assemblage), sont représentées dans la construction de l’œuvre, vue comme un parcours à travers sept volumes (dont deux chapelles : l'une blanche, l'autre sombre, et un  centre d'énergie construit sous un angle particulier dit :  cosmique). Le passage des divers  portails, sur le trajet,  est une invitation à l'initiation, et à la réflexion spirituelle, tel le franchissement d'étapes. Les figurines  exposées, dans quelques parties de ces  lieux, sont en lévitation, alignées,  ou volantes : hommes et anges se côtoient donc dans une exposition où, encore une fois, l'architecture et une certaine forme de  spiritualité vont de pair.


 Vidéos des interviews proposées à la télévision  sur Arte :
http://creative.arte.tv/fr/magazine/monumenta-2014-conversation-avec-les-kabakov 

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vendredi 16 mai 2014

Théâtre à Athènes, en mai. θέατρο στην Αθήνα το Μάιο

Dans le centre historique de la  capitale grecque, rue Akadimou, au théâtre Apo Michanis, Από Μηχανής Θέατρο, deux pièces relèvent le défi. Des textes forts qui traversent les époques, se prêtent-ils aux adaptations contemporaines ? Plus d'un s'y sont risqués. Et l'enjeu est aussi indispensable qu'enivrant, tant on a l'impression que les mots porteurs d'émotions sont intemporels, s'adaptent à tous les décors, et peuvent être dits dans maints costumes. Le geste est ajusté, l'intonation est placée, la mise en espace des situations est réglée, toutes les actions théâtrales évoluent, s'adaptent à l'époque, à l'attente du public, certes, mais surtout à une vision sans cesse renouvelée du texte et de l'intrigue. Cependant, la controverse, le sujet délicat , confèrent à l'entreprise certaines difficultés. Mais les maîtres du théâtre ne s'en laissent pas conter, et savent prendre des risques, dans le respect de l'oeuvre et du message intrinsèque.  
Du 5 au 30 mai 2014 : "Voyage au bout de la nuit " de Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), offre à l'acteur metteur en scène Akis Vloutis, (Άκης Βλουτής), l'occasion de faire apprécier une fois encore sa maîtrise professionnelle.  Les thèmes de l’œuvre Célinienne originale, leurs contradictions, le style d'écriture, n'ont pas emporté l'absolue  adhésion du milieu littéraire, lors de la sortie du roman.  Pour l' adaptation au théâtre,  la  traduction contemporaine du texte (roman dédié à Elisabeth Craig, et qui décrocha le prix Renaudot en 1932),   est assurée par Cecile Inglessis Margellos. En 1933, pour la traduction du roman en russe,  Elsa Triolet y participa, en tant que conseillère. Mais la critique  trouva la version "amputée et quelque peu trahie". En cette année 2014, à Marseille, au théâtre du Gymnase,puis en tournée internationale,  c'est le comédien Jean-François Balmer qui est à nouveau   Bardamu : personnage principal de "Voyage au bout de la nuit"(adaptation de François Massadau et mise en scène de Françoise Petit). Il avait déjà joué le rôle en 2012, au Théâtre de l'Oeuvre, avec succès. La condition humaine, l'apparente dérision appliquée à des faits importants et graves : la guerre, la misère, la maladie, forgent la trame de cette pérégrination pesante et sombre, portée par un héros de l'ordinaire. De quoi effectivement nourrir une interprétation et un jeu à la mesure d'un talentueux  acteur,  et d'un exceptionnel metteur en scène.  

Du 5 mai au 4 juin 2014: " Iphigénie"( Ἰφιγένεια) est reprise par l'auteur, enseignant, directeur d'atelier, et metteur en scène:  Jean-René Lemoine ( Prix Emile Augier) . Pour cette création mondiale franco-grecque, c'est la comédienne Lena Papaligoura, λένα παπαληγούρα,(prix Mélina Mercouri), qui tient le rôle principal. Effi Yannopoulou a été chargé de la traduction du texte. 
Depuis l’œuvre d'Euripide, Iphigénie,  (d'Aulis en Tauride, jusqu'à son tombeau de Brauron (Βραυρών) ), ce sont Glück, Racine, Goethe qui se sont emparés du thème antique de la jeune fille sacrifiée, pour apaiser le courroux des Dieux, et apporter la victoire. Dans la plupart des narrations de l'événement, le crescendo de l'intensité dramatique du récit  atteint l'apogée lorsqu'au dernier moment,  la mort est évitée. Et la victime épargnée deviendra prêtresse, déesse, assimilée à Artémis. Mais il en existe d'autres  versions où Iphigénie, n'échappant pas à son destin,  est immolée.
Si le théâtre, la musique, la littérature se sont passionnés pour le sujet, les Beaux-Arts y ont  également puisé l'inspiration . Les peintres : F. Perrier (en 1633), Torelli (en 1730), Tiepolo....,  ainsi que les sculpteurs Houdon, R-M. Slodtz (1737)... . ont représenté l'héroïne sous des traits certes avenants, mais  empreints de gravité, de désespoir et de  tristesse.
IPHIGENIE  :
Iphigénie - R-M. Slodtz
" Mon père,
Cessez de vous troubler, vous n'êtes point trahi.
Quand vous commanderez, vous serez obéi.
Ma vie est votre bien ; vous voulez le reprendre :
Vos ordres sans détour pouvaient se faire entendre.
D'un oeil aussi content, d'un coeur aussi soumis
Que j'acceptais l'époux que vous m'aviez promis,
Je saurai, s'il le faut, victime obéissante,
Tendre au fer de Calchas une tête innocente,
Et respectant le coup par vous−même ordonné,
Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné."

(extrait de la pièce de J. Racine (1675) - acte IV- scène IV )

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