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lundi 17 novembre 2014

Dernière pose pour un photographe

Académicien (des Beaux Arts de l'Institut de France), au style   non académique, Lucien Clergue (1934  -2014)  a porté l'art photographique au zénith de l'expression en N&B (noir et blanc). Il devient véritablement un  professionnel  en 1960.  C'est   Arles,  point de mire, qui a vu naître sous son impulsion, en 1970,   un festival international, entièrement dédié à la photographie: les rencontres internationales de la photographie d'Arles.  Créé en collaboration avec Michel Tournier et J-Maurice Rouquette (en l'hôtel d'Arlatan), il est actuellement sous la direction artistique de François Hebel (depuis 2002) et c'est le premier festival de renommée mondiale. Il attire chaque année plusieurs milliers de visiteurs.
 Fidèle à une technique habilement maîtrisée, Lucien Clergue avait quelques thèmes de prédilection,  qui ont fait sa renommée, parmi lesquels on retrouve : le milieu de la tauromachie, les paysages, les nus, le monde des gens du voyage, les portraits ..
Impressions, clichés , surimpressions, travail sur pellicule, jeux d'ombre et de lumière, angles de prise de vue et perspectives,  le photographe étonne toujours le public qui visite les expositions de ses œuvres. Dans la lignée de ces grands professionnels de l'image, on cite également:  Man Ray, R. Mapplethorpe, H. Newton, et surtout Edward Weston, dont le travail fut un réel déclencheur pour L. Clergue.... 
On peut s'extasier sur un procédé photographique, sur l'habileté et le savoir-faire technique du preneur de vues, mais pour la réussite d'un cliché, un autre élément important intervient : le choix . Et celui-ci est multiple, car il concerne plusieurs secteurs. En effet,  se posent à l'artiste:
- le choix de l'appareil et du matériel,
- le choix du décor, et des effets de luminosité
- le choix du thème,
- le choix du modèle.
Car, de la même manière qu'une seule erreur dans cette liste peut gâcher le rendu final, on peut envisager le challenge : un même sujet traité par plusieurs photographes. Et l'on obtient des  résultats très personnels,  très différents qui sont, certes,  la marque individuelle d'un style propre, d'une intention, mais d'une vision particulière très aboutie.
Dans le parcours de vie de Lucien Clergue, il y a des "rencontres " . Ce sont  des artistes issus de tous horizons et de toutes les disciplines (peinture, musique, poésie..),  de fortes personnalités, qui  deviennent ses amis  : Pablo Picasso, Jean Cocteau, Manitas de Plata, Saint-John Perse...
Les plages de Beauduc, de Faraman,  la Camargue secrète, sont alors les décors  pour des séries de photos qui deviendront plus que célèbres :   cultes !
A Arles, sa ville natale,  Lucien Clergue s'investit  dans une mission essentielle: le partage et la transmission du savoir, en participant à plusieurs projets . 
En 1965 : création du département photographie dans le site du Musée Réattu,
En 1982 : création de l'Ecole Nationale Supérieure de la Photographie.                                
Auteur de plusieurs ouvrages (75), de plus de centaines de milliers de photos (800 000), Lucien Clergue laisse à la postérité une production éclectique, foisonnante, empreinte de son  regard sur les réalités poétiques, crues,  mais concrètes, du monde au sens large du terme. Les éléments jouant avec la flore, la faune, sur les corps dénudés, les portraits sublimés par l'oblique des rayons de l'intense soleil provençal, la réalité sans fard de la vie quotidienne des gitans.. : rien ne semble avoir  échappé à l’œil exercé de l'artiste derrière son appareil argentique. Depuis l'annonce en 1889, par Arago, de la naissance du procédé de  la photographie, on en mesure le chemin parcouru, et son extraordinaire apport, aussi bien dans l'information journalistique que dans le domaine de la culture. 

 à lire :
http://www.culture-13.fr/mobile/agenda/lucien-clergue-a-corps-et-a-mes.html
et sur ce même blog (I.C.B.) :
Helmut Newton 
http://international-culture-blog.blogspot.fr/2012/04/helmut-newton-la-mise-nu.html
Robert Mapplethorpe
http://international-culture-blog.blogspot.fr/2014/06/deux-expos-parisiennes-pour-un.html



Free lance Writer
Culture  Art  Patrimoine

lundi 9 juin 2014

Deux expos parisiennes pour R. Mapplethorpe: photographe américain.

 En 2014, Paris consacre deux expositions exceptionnelles   au photographe américain : Robert Mapplethorpe .(1946-1989)
Deux importants pôles culturels proposent  individuellement une étonnante rétrospective,  pour un duo de regards complémentaires sur l'ensemble de l'oeuvre.
- le Grand Palais (du 26 mars au 13 juillet)s'intéresse à la production de l'artiste sur la décennie : de 1970 à 1980. Etonnants portraits de célébrités, singuliers autoportraits, gros plans sur des détails anatomiques, ... le tout en noir et blanc. Ce thème-là est exprimé plus comme un dialogue, une complémentarité,  qu'une réelle opposition.  L'affiche interpelle par le choix de l'autoportrait (exécuté peu de temps avant la disparition de son auteur).
La symbolique (canne de marche à crâne simiesque) prend alors tout son sens. L'homme,  aux traits las et figés, brandit cette morbide représentation comme pour se rendre à la fois  maître de sa destinée, et annoncer l'inéluctable fin. Peut-être est-ce là une façon de considérer la fulgurance de sa vie, partagée entre un  éclatant talent, et une recherche personnelle oscillant entre la clarté  mystique, côté face, et l'obscur verso ?
http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/robert-mapplethorpe
 - le Musée Rodin ( du 8 avril au 21 septembre  ) 
 On peut y découvrir une thématique mettant en exergue des parallèles entre le travail du sculpteur  Auguste Rodin, et celui du photographe. L'académisme est frappant de similitude tant les postures , les modèles sont en adéquation. Mains, têtes, corps,  sont exaltés, tant comme sujets,  que comme modèles de perfection, qui forcent l'admiration par le rendu si proche du réel.  Un aspect de la production du photographe qui, confrontée à celle du sculpteur, prend ainsi toute son amplitude. On a souvent évoqué cette façon personnelle que Mapplethorpe avait,  pour aborder et pratiquer  son art:  en tenant compte de la mise en scène et de l'éclairage du sujet, afin d'en faire ressortir la dimension et l'intensité voulues.
http://www.musee-rodin.fr/fr/exposition/exposition/mapplethorpe-rodin
Influencé par la production d'Andy Warhol Robert Mapplethorpe a cependant développé son propre style très précocement. Ses débuts ont été marqués par la pratique du dessin, de la recherche en technique photographique, la consultation de fonds photographiques de musées, ainsi que les premiers essais de photos à l'aide d'un modeste Polaroid. Derrière le provocateur, l'artiste dérangeant, autant critiqué qu'admiré, transparaît un homme écorché vif, hanté par des désirs et des fantasmes qu'il cherche à exorciser par la mise en images,  stylisée et scénarisée. Le regard est lucide,  voyeur, cru, sachant aussi se montrer hautement esthétique, décomplexé, parfois éloigné de la bienséance ou du "bien-pensant", mais jamais loin d'une certaine et évidente poésie.
Patti Smith
 Patti Smith, (musicienne, chanteuse de rock, poète, peintre et photographe),dont il fut l'ami, en parle avec beaucoup d'affection et de nostalgie. Elle fut présente lors du vernissage de l'exposition du Grand Palais, et à cette occasion a participé à de nombreuses émissions de TV , accordant même quelques interviews à la presse. Elle a rédigé un livre de souvenirs " Just kids", dans lequel est évoquée la période de sa vie avec R. Mapplethorpe.
- (lire l'article paru dans l'Express Culture, narrant la rencontre avec R. Mapplethorpe)
.http://www.lexpress.fr/actualite/patti-smith-raconte-robert-mapplethorpe_1502868.html
- (écouter P. Smith chanter "Horses" ,  et "Hey Joe", in live ) :
https://www.youtube.com/watch?v=c3coSfks4rQ
Réduire l’œuvre de Mapplethorpe aux seuls clichés érotiques, qui en partie ont fait sa notoriété,   serait singulièrement réducteur, et l'on passerait ainsi à côté des photos les plus caractéristiques de sa maîtrise de  la prise de vue:  celles des végétaux, et les portraits de célébrités, entre autres.On est frappé par l'expression vraie, sans maniérisme, qui se dégage de chaque personnalité. (sur le montage ci-dessous : Yoko Ono, Andy Warhol, Paloma Picasso, Iggy Pop, William Burroughs..)

montage N-L. M.
 Pour en savoir plus sur la production et la biographie de Robert Mapplethorpe ,  consulter le site de La  fondation :  http://www.mapplethorpe.org/

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Man Ray (1890-1976): peintre, architecte, mécanicien, et connaissant le dessin industriel, faisant partie du courant dadaïste,  fut lui aussi un grand photographe, célèbre pour ses saisissants portraits.
Man Ray
montage N-L. M.
Pourquoi rapprocher le parcours de ces 2 artistes ? On pourrait répondre qu'il y a comme une filiation dans la captation des visages, des silhouettes, des poses, par l’œil du professionnel derrière l'objectif.  Les deux hommes ont cassé les codes, avec la revendication affichée d'une recherche identitaire dans l'exercice de leur talent respectif . Question de singularité, d'anti-conformisme, du droit à exploiter d'autres pistes que les canons
académiques en y faisant, paradoxalement, une évidente référence.
De Coco Chanel, à Pablo Picasso, nombreux sont celles et ceux qui se sont pliés à l'exercice de la pose,  pour être fixés à jamais sur la pellicule par Man Ray. 


Free lance Writer
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