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jeudi 1 mai 2014

2014: Luis et Louis centenaires.

Deux grandes figures marquantes du spectacle, deux  fortes personnalités sont rappelées à la mémoire collective en cette année 2014. En effet, il y a un siècle naissaient Luis Mariano et Louis de Funès. Hommes de scène, de grand écran, de talent, dont les parcours se rejoignent sur un thème commun : distraire le public. Certes leur domaine d'intervention respectif : l'opérette, la comédie, ne rallient pas tous les suffrages; Boudés par la critique, galvaudés, moqués, et parfois méprisés par des auditoires élitistes, ces genres ont pourtant ravi des générations de spectateurs en apportant le succès à leurs protagonistes. Combien de rires ont fusé, combien de refrains furent  fredonnés, grâce aux dons et à l'incomparable professionnalisme  de Louis et de Luis ? 
Luis Mariano (1914-1970): ténor basque à la voix inimitable, au charme et à la silhouette de jeune premier hispanisant, a su enchanter, durant toute sa carrière,  les théâtres et les salles de spectacles, en entraînant dans son sillage des milliers de fans, dont l'affection fidèle l'a suivi au-delà du trépas. Cet ancien élève de l'école des Beaux Arts de Bordeaux fréquenta  aussi le Conservatoire.  Clarté du timbre, prononciation impeccable, émotion, sensibilité dans l'interprétation, puissance vocale, répertoire populaire ( 800 chansons, dont des œuvres de Francis Lopez, essentiellement,  mais aussi quelques mélodies classiques), l'art de Luis Mariano a rassemblé plusieurs qualités qui ont façonné "la légende".  Admirablement assisté dans de nombreuses prestations par des partenaires exceptionnels (Carmen Sevilla, Annie Cordy, Bourvil ... ), le chanteur s'est essayé au cinéma  (20 films) dans des rôles faisant la part belle aux chansons, dont les titres, devenus emblématiques, fleurissaient dans les cœurs, et sur les lèvres, des inconditionnels admirateurs et admiratrices. On a souvent donné des titres qualificatifs à  Luis (Mariano Eusebio González y García , de son vrai nom) :  " Séducteur hidalgo à la voix d'or", "Chanteur à la voix de velours"... mais celui qui le caractérise le mieux est :"Prince de l'opérette".
à consulter : le site  -   http://www.luismariano.com/mariano/index.asp
à savoir : le projet d'un musée Luis Mariano à Irun  
à écouter : http://www.dailymotion.com/video/x4j474_luis-mariano-granada_music

Louis de Funès (1914-1983): pianiste à ses débuts, il a patiemment fait son chemin,  de petits rôles de figurant aux seconds rôles, pour parvenir avec éclat au vedettariat. Sachant faire passer,  sur son visage très mobile, maintes expressions en un temps record, il a fait du mime un art en complément de son jeu comique. Au moyen de vrais faux coups de colère, agrémentés d'une énergie phénoménale, l'acteur a su donner des lettres de noblesse au comique,  sans être grotesque. Forcer le trait  en dosant l'interprétation, tout en étant  toujours crédible, en dépit de situations rocambolesques, inattendues,  c'était également, pour Louis de Funès de Galarza ,   mettre le spectateur "dans la confidence", dans la connivence. Le citoyen lambda  pouvait certes se reconnaître, et, en même temps, rire de scènes calquées sur la vie quotidienne,  sans avoir la sensation d' être ridicule.
En compagnie d' acolytes prestigieux (dont : Y. Montand, M. Galabru, J. Gabin, A. Bourvil, J. Marais, C. Gensac, A. Girardot ..) on compte dans la carrière de Louis de Funès, près de 140 films à son actif,   dans lesquels il joue, parfois en costume d'époque,  sur plusieurs  registres:  du roublard  émotif, au français moyen malin et débrouillard,  en passant par le père faussement sévère, le gendarme intransigeant,  ou le fonctionnaire tatillon inflexible. Derrière les célèbres mimiques, quelques grimaces et contorsions, il y a tout le jeu de l'acteur, la sensibilité, l'implication, qui rendent si accessibles, si humains,  chacun des personnages interprétés. Si le succès fut au rendez-vous avec autant de ferveur, c'est que l'homme avait une certaine maîtrise de ses capacités, en mesurant la part innée de la vis comica.
A Cellier ( Loire Atlantique) ouverture du Musée Louis de Funès :
http://www.museedelouis.org/ 
à revoir: https://www.youtube.com/watch?v=l30ONNO50So

Les générations de la fin du XXe siècle n'ont pas manqué de reconnaître l'impact et l'influence des ces 2 artistes sur leur vocation. De nombreux chanteurs se réclamant de Luis Mariano, et, maints fantaisistes, de Louis de Funès. Alors, en ces dates commémoratives, les hommages n'ont pas manqué. Sous forme de reprises, de documentaires, de concerts, de rediffusions d' anciennes émissions télévisuelles, ou d'interviews radiophoniques, la mémoire a été activement ravivée... Gratitude, pérennité et marque du talent, nostalgie d'une époque, les motivations se conjuguent aux évidences pour le bonheur du plus grand nombre.

Free lance Writer
Culture  Art  Patrimoine


mardi 13 novembre 2012

serrer ou desserrer ...la vis comica

Si le rire est le propre de l'être humain, on doit le pratiquer à bon escient. Autant il est facile de s'y abandonner lorsque tout va bien et que l'on est détendu, autant il est rétif  au déclenchement,  en période dite "de crise".  Se décontracter les zygomatiques est comparé, pour certains, à un sport très prisé. Qui leur en voudrait ? La question (très contemporaine) : "peut-on rire de tout ?" aurait tendance à devenir "tendance" . Et les surdoués de la Vis Comica se font rappeler à l'ordre si l'oubli vient masquer l'intention initiale. Les expressions des échanges verbaux de la vie  quotidienne font référence au rire:  Rire sans arrière pensée, rire à gorge déployée, s'empresser d'en rire ..., mourir de rire, rira bien qui rira le dernier...pour ponctuer une idée, une affirmation, une mise en garde. 
Outre le rire spontané, réactif à un bon mot, ou une situation cocasse, derrière ce rideau de façade, cette pirouette qui, souvent, masque un embarras, qu' y a -t-il vraiment ?
Un sursaut de savoir-vivre, une contenance, une échappatoire à une conversation gênante et ennuyeuse ?  Maintes facettes pour un éclat....
L'artiste comique, doué et efficace, est avant tout un grand observateur de ses semblables, et possédant une bonne connaissance de soi (schéma corporel, ressorts psychologiques, capacités vocales ..). Il traque le défaut, la maladresse, pour en forcer le trait et accentuer le ridicule. Par un jeu de mimiques, sur lequel il s'appuie d'abord, il va cibler, cerner un personnage dans une situation précise. La force comique accentuée par la personnalité du comédien, va donner vie à un individu qui, bien que factice et "inexistant", se révèle être très proche du spectateur par ses faiblesses, ses tribulations,  et ses travers...
"Rire de soi avant de rire d'autrui, permet de rester lucide et humble" l'artiste honnête  s'implique et pratique d'abord  l'auto-dérision.
L’œil aiguisé, le verbe acerbe, le ton et l'acuité de la pertinence, le geste calqué ou exubérant, avec parfois l'acidité du propos, mais toujours l'originalité dans la performance, la rapidité de rythme,  tout cela forme un ensemble de techniques indispensables pour qu'un artiste réussisse à faire carrière. dans cette voie prisée,  mais difficile à tenir sur la durée.
Les années passant, les mentalités changent  et la mode suit.. Ce qui faisait hurler de  rire hier , ne fait même plus sourire aujourd'hui.. Ce qui déclenche l'hilarité en Asie, ne fera pas recette en Europe.. Il existe certes quelques incontournables intemporels et internationaux (chutes sans blessures et tartes à la crème !!! ), mais la plupart sont des spécificités. De même qu'il existe un  humour national, on rencontre aussi un humour régional. On y mêle le parler local, les traditions, pour les malmener et les brocarder avec bonhomie.
Parmi la pléiade des amuseurs  du moment, dans l'hexagone, on remarque
quelques étonnants "hommes à sketches ":
Wally ( excellent guitariste) et ses chansons courtes. Chacune est un  flash musical bref mais percutant. Originaire du Sud-Ouest , il donne immédiatement le ton. Ses textes sonnent souvent comme de mini-rébus,  dont il se gausse à  en faire deviner le sens, au tempo irrésistible de sa 6 cordes.
Ary Abittan
Didier bénureau
Ary Abittan ( comédien, acteur) le séducteur  aux accents comico-exotiques, qui se joue de son avantageux physique, et de son visage très expressif, pour camper de multiples personnages du quotidien ( dont le journaliste sportif, le présentateur de météo...)
Didier Benureau ( acteur, comédien) outrancier et provocateur dans sa méchanceté drolatique, est implacable dans les portraits qu'il propose à son public : la belle-mère indigne, le soldat, le prédicateur 
Gilles Détroit



Sellig
Gilles Détroit ( comédien) développe une logique particulière dans l'oralité . La liste des achats au supermarché devient , avec lui,  un exercice syntaxico-linguistique qui voisine avec l'explication de texte hilarante, et déconcertante d’ambiguïté comique.
Sellig: (comédien ) traque les incidents  et les contraintes de la vie : bricolage domestique, déménagement, ennuis de santé, entente  et compromis conjugaux.
 La plupart de ces artistes, qui se réclament de leurs aînés: glorieux prédécesseurs,  ont un parcours aux axes multiples :  comédien  de théâtre, acteur de cinéma, auteur de textes. Ils sont aussi chanteurs, mimes..Leur mérite est grand, et appréciable, car ils savent, par la légèreté de leurs  propos, distraire leur public en lui faisant oublier  un quotidien souvent bien lourd.
Fous du roi médiévaux, fabulistes, pamphlétaires, clowns,  chansonniers, chaque siècle a eu (et aura) besoin de ces amuseurs méritants, qui osent, comme les journalistes,  la liberté de ton que le public ne peut parfois se permettre. Des parvis des cathédrales aux tréteaux de fortune, les rires sont parvenus devant les rideaux rouges des cabarets, pour  s'engouffrer jusque dans les contemporaines et  immenses salles de spectacle, les remplir et les faire vibrer  de tonnerres joyeux.
" Qui fait rire l'esprit se rend maître du cœur. "
F-J.de Pierre, cardinal de Bernis (1715-1794)

Freelance Writer
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