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jeudi 18 octobre 2018

Charles et Victor : les frères Mortet

Le XIXe siècle a vu éclore bien des esprits curieux et s'ouvrir des consciences,  face à des richesses patrimoniales à conserver et à préserver. Une notion peu populaire jusque-là, émergea avec plus d'acuité : que faire d'un tel passé ?  Certes, les monuments, par leurs dimensions, et   leur visibilité, étaient pour certains largement bénéficiaires des soins de restauration et d'entretien.
Or, à part les archives privées (transmises assez fidèlement de génération en génération dans les familles),   qu'en était-il, dans la plupart des communes,  des documents d'archives publiques, collectives,  municipales, et du matériel issu des chantiers archéologiques?  Une grande confusion, un éparpillement (ou un entassement)  sans classement, sauf quelques exceptions. Certains intellectuels (hyper diplômés ou simples autodidactes) émus du sort de  cet héritage,  se sont penchés sur le problème, faisant légiférer,  et sensibilisant les édiles.  Pendant longtemps, en effet,  archives, bibliothèque et musée, étaient logés dans les bâtiments des mairies, où l'on venait soit consulter, soit visiter. La séparation effective entre ces services  se fit au XIXe s.
François Guizot:  (1787-1874) mit en place le service de l'inspection des monuments historiques dont Prosper Mérimée fut l'un des actifs fonctionnaires. 
A lire :
http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2011-04-0022-004 
et aussi :
La thèse de doctorat de  Julie Lauvernier, Université de Bourgogne  (consultable en PDF) publiée en 2012
" Classer et inventorier au XIXe s."...
                                                       *          *          *
La science de l'Histoire, celle de la langue française, de son terroir, de son patrimoine, ont fait l'objet de maints articles, signés individuellement et alternativement par les frères Mortet,  dans diverses revues ( dont celles parues dans le panel de  l'Ecole Nationale  des Chartes).   
Les frères Mortet: Beau parcours pour les deux Nancéiens, se rejoignant dans le travail intense, précis, méticuleux, et la rédaction  d'ouvrages remarquables, souvent cités en référence ... Ils sont les fils de François-Auguste-Paul Mortet (juge de paix) et de Joséphine Vroland. 
(l'aîné) Paul-Louis-Charles MORTET (1852-1927):
époux de Marie-Alix Passy (fille de Frédéric Passy -Prix Nobel de la paix en 1901, instigateur des Ecoles Normales Départementales d'Institutrices
- en 1882 : archiviste paléographe
- en 1878:  docteur en droit
- en 1885:  administrateur de la Bibliothèque Ste Geneviève (Paris) 
- en 1895:  professeur de bibliographie  à l'école des Chartes
C'est, en cette même année,  la 1e distinction effective  (dans l'intitulé de la chaire) entre les bibliothèques et les archives.
Ecole Nationale des Chartes : (voir sur le site les divers chapitres : admission/formations/actualités...)
http://www.chartes.psl.eu/fr/rubrique-ecole/ecole-nationale-chartes
Il fut également membre de la commission supérieure des Bibliothèques et président de l'ABF
Le vibrant hommage de Charles Mortet à l'un de ses beaux-frères,  Jean Passy (auteur d'une thèse sur les patois de la vallée d'Ossau)  :
https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1898_num_59_1_447941 
Frère de Jean, Paul Passy, autre beau-frère de Charles Mortet,  est phonéticien, créateur (en 1886, avec D. Jones)  de l'alphabet de l'Association Phonétique Internationale.

                                          *                  *                *
(le cadet) François-Joseph-Victor MORTET ( 1855-1914) : 
- en 1876 : école des Chartes 
- en 1880 : il est sorti Ier de sa promotion, il travaille aux Archives de l'Aude (Carcassonne)
- en 1883 :  Archives de Bordeaux
- en 1888 : Service des périodiques de la Sorbonne (Paris)

Parmi leurs nombreuses publications respectives,l'on peut  en rappeler  une  qu'ils firent en commun :
"La science de l'Histoire" (1894). 
Parler des frères Mortet,  c'est évoquer également la famille Passy. Or, comme pour chaque   personnage cité, ci-dessus,  la  biographie individuelle est complexe et très riche, il est recommandé, pour en savoir plus,  de chercher et consulter plusieurs documents sur  chacun d'eux.
 Rappel : En France, pour consulter les archives départementales: AD, il faut savoir que l'on peut se rendre in situ (consultation avec  inscription et respect des consignes du règlement dudit service ), mais que   beaucoup d'entre elles ont des documents en ligne (libre d'accès ou payant).
 
Freelance Writer  
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jeudi 9 janvier 2014

Restaurer un monument ? Oui, mais...

Janvier 1814: il y a 2 siècles, à Paris,  naissait Eugène Viollet-le-Duc . Homme d'art et de culture, architecte , restaurateur,  on lui doit, outre le très utile " dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe s." (1856- en 10 volumes), la restauration de maints monuments médiévaux.. Durant sa courte période d'enseignant à l'école des Beaux-Arts de Paris, il fit inscrire, en 1863, l'histoire de l'art comme discipline supplémentaire (et reconnue) au programme .
http://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8c
Ami de Prosper Mérimée (inspecteur général des Monuments Historiques),  Eugène Viollet-le-Duc, n'a pas recueilli tous les suffrages. Ses interventions sont, de nos jours, critiquées et controversées. On juge les restaurations plus suggérées que justifiées, plus romantiques que respectueuses du style initial, en tombant dans le
Prosper Mérimée (1803-1870)
pastiche facile du néo-gothique.
« Restaurer un édifice, ce n'est pas l'entretenir, le réparer ou le refaire, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné. " Une opinion,  que l'architecte  qui l'a mise en pratique, se verra reprochée. On estime que, dans ces conditions, la restauration devient interprétation, avec des dérives et des outrances possibles.   
De plus, on estime le style et la teneur de ses discours, plus romantiques que scientifiques. Mais le XXe siècle, comme le siècle actuel, à la lumière des avancées technologiques et des connaissances en histoire de l'art, a la dent dure.  Bien des courants de l'architecture moderne et de ses  professionnels,  se sont néanmoins inspirés des théories et des nombreux ouvrages d'Eugène Viollet-le-Duc, qui, dans ce secteur fait figure de précurseur, de pédagogue, de visionnaire.
 Et le patrimoine architectural médiéval,   en grand péril, lui doit certainement beaucoup, grâce aux diverses actions salvatrices menées. On sait pertinemment que,  pour un bâtiment souffrant des ravages du temps,  le dilemme se pose parfois : consolider, restaurer ou les 2 opérations successives ? Tenir compte des moyens financiers mis à disposition n'est pas suffisant, encore faut-il trouver l'homme de la situation .. Depuis quelques décennies les architectes des Monuments Historiques sont formés et compétents pour étudier les dossiers, effectuer les inspections,   et mettre en œuvre les chantiers. Ils sont consultés pour les décisions à prendre et sont responsables du  suivi des travaux.
Pour la postérité, l'évocation du  nom d'Eugène Viollet-le-Duc reste attachée à des bâtisses prestigieuses: châteaux, Hôtels de ville, églises, basiliques, cathédrales....
Si les techniques sont discutables, et le résultat esthétique ne recueillant pas toujours l'approbation, il faut néanmoins reconnaître que la sauvegarde a cependant été effective. Déambuler dans la cité de Carcassonne, admirer la haute stature de la cathédrale de Paris, arpenter les salles du château de Pierrefonds ou d'Eu, serait-il   encore possible sans Eugène Viollet-le-Duc ?
Ses suiveurs, ses élèves, (parmi lesquels quelques-uns se sont illustrés en mettant leurs pas dans ceux du Maître), se sont appuyés sur les bases inculquées, faisant office de  références, pour leurs propres parcours professionnels.
Quelques noms...
Pour l'Art Nouveau : Gaudi, Grasset, Sauvage...
Pour l'enseignement reçu : Abadie, Duthoit, Ouradou...
Restaurer les témoignages du passé en architecture (civile, religieuse, militaire...) aide à mieux comprendre les arcanes de l'histoire, les us et coutumes des générations précédentes, ainsi que les  pratiques et les savoirs oubliés, perdus. Dans le cours des siècles, on a trop souvent et trop vite  démantelé, dépierré,  pour reconstruire ailleurs, en récupérant les matériaux de façon désordonnée. Ce qui fausse aujourd'hui la "lecture" de certains édifices. Le réemploi des pierres n'est pas toujours une évidence concrète visible.
Le touriste, le citoyen, ont,  depuis lors,  l’œil plus exercé,   et, le goût pour l'Histoire, plus averti. Les autorités ministérielles, régionales, municipales, font, en général, leur possible pour maintenir en état un patrimoine, le sachant désormais dépendant de l'essor du  tourisme.


A lire : l'étude critique de Laurent Baridon
http://www.inha.fr/spip.php?article2564


Freelance Writer
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