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jeudi 4 juin 2015

Trois musées pour une foi.

Chaque pays , chaque région porte en soi l'empreinte de son passé. Une bataille, la construction (ou la démolition) d'un  château, la signature d'un important document ... Au détour d'un monument, ou d'un fait, on rencontre toujours l'Histoire. On a souligné, avec justesse les indispensables étapes  de restauration, de consolidation, de conservation  qui aident à préserver ce précieux patrimoine pour les générations actuelles et futures.
Le Languedoc, terre ensoleillée haute en couleurs, a certes connu de glorieux  épisodes durant les siècles précédents, mais il en a aussi  gardé en mémoire, d'autres,  marqués au fer rouge.  Inquisition, catharisme ont très souvent été associés aux flammes des bûchers .
Pour comprendre les diverses étapes de cette médiévale histoire il faut, encore et toujours, se pencher sur les archives , ou tout du moins sur les travaux de ceux qui ont passé des années à compulser les manuscrits afin d'en  traduire et d'en transcrire les précieux renseignements contenus.
 Autre source d'enseignement et de savoir : les musées.
Le catharisme en comporte 3,  d'aussi essentiels que complémentaires.  Chacun ayant sa particularité, ses propres documents et collections, ils constituent néanmoins un singulier triptyque.  Un circuit, comprenant quelques châteaux de seigneurs Cathares,  pourrait donc les mettre en exergue et en valeur., créant ainsi une belle unité autour de l'histoire du catharisme. 
Montségur :(Ariège)   Au cœur du village blotti au pied de l'imposante citadelle, le petit musée accueille les  très belles collections du matériel de fouille  in situ. Plusieurs salles offrent aux visiteurs des vitrines abondamment garnies, et, à l'étage,   des vidéos . Un projet d'espace muséal plus spacieux est à l'étude. Le nouveau musée aura ainsi le label "Musée de France".   Un déménagement méthodique des objets est donc envisagé. L'ouverture au public se fera dans les années qui viennent.
Pour plus de renseignements ( fouilles, inventaire, projet de nouveau musée ) :
http://www.azinat.com/2015/05/28/le-musee-de-montsegur-fait-son-inventaire/

Arques (Aude): Non loin du célèbre et massif donjon carré,  c'est au milieu de la petite agglomération, dans la maison même  de Déodat Roché   que le musée se tient. Les affichages sont soignés. Les textes sont précieux de renseignements et d'une lecture aisée , même pour le néophyte. On retrouve, en ces murs, l'ombre du philosophe,  ardent défenseur et spécialiste de l'histoire des Cathares. Il existe sur internet (youtube)  une vidéo de plus de 15 mn qui permet de le voir, et d 'entendre son accent rocailleux  évoquer Platon, Aristote, Th. d'Aquin ..., ainsi que certains passages de son ouvrage :" L'église romaine et les cathares albigeois".
 Pour en savoir plus :
http://www.audetourisme.com/diffusio/fr/a-voir-a-faire/culture-et-patrimoine/arques/maison-deodat-roche_TFOPCULAR0110000056.php


Mazamet (Tarn):  Situé dans une maison ancienne, le musée du catharisme comprend plusieurs niveaux dans une déambulation très riche : des vidéos, des écrits, des enregistrements sonores, des
reconstitutions d'habitat, et de nombreux objets exposés...
Une plongée sans précédent dans un pan d'Histoire où le quotidien fut mêlé au tragique, où la légende s'est parfois emparée de faits et de personnages hors normes.. où la survivance de courants philosophico-religieux a émergé jusqu'à l'époque contemporaine.
http://www.maison-memoires.com/nouveausite/?page_id=28

Tous les amateurs du Catharisme ne sont pas Occitans, et réciproquement. C'est pourquoi la palette n'est pas définissable. Historiens (confirmés ou débutants), curieux, enseignants, sympathisants, ou touristes de passage, aiment à se trouver sur les sites témoins d'une histoire ancrée dans l'Histoire.
Religion, spiritualité, philosophie, choix de vie, courant de pensée, le catharisme a été vécu avec passion et, de cet élan,  il en reste traces.  Les vitrines et les panneaux d'exposition des musées contemporains remémorent ce temps héroïque , parfois sombre et cruel, où le Catharisme était combattu. Familles pourchassées, séquestrées, questionnées, habitations et lieux de rassemblement détruits :  le procédé s'est, hélas, reproduit  maintes fois au cours des siècles,  pour des causes et des raisons diverses.   Les "citadelles médiévales du vertige" , devenues parfois  celles du refuge, dressent encore aujourd'hui comme un témoin minéral,  le vestige  de leurs pans de murailles grises. Le Sud-ouest ( Aude, Ariège, P-O., Tarn..) affiche au bord des chemins, l'itinéraire ciblé  : routes cathares, région cathare,  ..Ces étiquettes revendiquent un passé  longtemps oublié, dénigré, réduit à la rédaction de quelques paragraphes dans les ouvrages scolaires,  ou dans les documentations  des Sociétés savantes d'histoire locale.  Mais le XXe siècle a réveillé de façon durable  les fantômes de Parfaits, sans rallumer les odieux bûchers. Les légendes et les anecdotes courent toujours,  mais elles sont rattrapées par les documents d'archives,  les résultats d'investigations historiques et scientifiques. On affûte, on précise, on analyse: faits, écrits, matériel archéologique, jusqu'à en faire émerger une version plus proche de ce que fut la réalité .
L'intense fréquentation des lieux du Catharisme, l'intérêt du grand public pour leur histoire, encouragent les responsables locaux et régionaux (de la culture, des communes, du milieu scientifique...)  dans  diverses actions de recherches,  dans la préservation des sites,  et leur mise en valeur (et en sécurité pour les visites).

à voir aussi sur ce blog :
l'article du 17 mars 2012 : L'envol parfait de la colombe . 
http://international-culture-blog.blogspot.fr/2012/03/lenvol-parfait-de-la-colombe.html

Free lance Writer
Culture  Art  Patrimoine


samedi 17 mars 2012

L'envol parfait de la Colombe

 






Claude Marti
16 mars 1244- 19 mars 2012 .Le brasier de Montségur brûle toujours dans les mémoires de ceux qui perpétuent son souvenir. Les ruines de la citadelle couronnent encore le pic rocheux. Au pied de la falaise,  la stèle est dressée et fleurie.  Plus de 200 Cathares ont péri sur le  bûcher de  l'Inquisition, et en ce mois de mars 2012, on n'a pas oublié. Les couleurs du feu de jadis sont présentes dans les armes de   l'oriflamme. Et  si, aujourd'hui,  les chants sur des mélodies occitanes, résonnent à la place des cris de souffrance jadis ouïs en ces lieux, que l'on ne s'y trompe pas, c'est pour véhiculer le message,  en restant dans l'authenticité, sans risque d'être trahi. La région est porteuse de souvenance. Que l'on soit d'ici,  ou que l'on vienne de loin, c'est sur ce coin de terre, précisément, que l'on se retrouve pour commémorer l'histoire Cathare. Les troubadours contemporains donnent de la voix et du texte,  au cours d'un programme qui réunit les grands noms de la culture du pays d'OC. : Claude Marti, Rosina de Peira, Michel Jas, Philippe Roy ...

Rosina  de Peira
 Malgré ce que l'on a pu croire, ou faire croire, l'histoire du Catharisme ne s'est pas arrêtée en 1321, avec la mort de Guilhem Bélibaste à Villerouge-Termenès.(Aude).

  Des études, des recherches se sont poursuivies, non  pour entretenir une légende, mais pour rectifier une opinion peu claire sur le sujet . On trouve actuellement en ligne le résultat des remarquables travaux ( traductions, commentaires..) de René Nelli et de Jean Duvernois, à partir des registres de l'Inquisition.
Séguy Jean. Duvernoy (Jean), Nelli (René) , Niel (Fernand), Roché (Déodat), Les Cathares, Archives des sciences sociales des religions, 1965, vol. 19, n° 1, pp. 188-189.
http://jean.duvernoy.free.fr/sources/sinquisit.htm
De dissidents, hérétiques, sectaires, (ainsi perçus dans les années 60), les Cathares apparaissent actuellement  comme des individus avec un profil,  et des us et coutumes, plus proches de ceux qu'ils avaient vraiment. "Cathares : de l'hérésie au mythe " ( interview d'Anne Brenon) est un article paru dans le journal "le Point" en 2006.
http://www.lepoint.fr/archives/article.php/13385

 Périr par le feu n'a pas été le supplice infligé aux seuls Cathares. D'autres groupes sociaux, religieux,  politiques ont payé,   en leur époque respective,  cet ignoble  tribut: si  certains  étaient Juifs, d'autres Templiers, quelques autres  étaient accusés(souvent à tort)  de sorcellerie..tous furent victimes du  foyer infamant. Et,  chaque fois,  l'on a pensé que l'on s'était débarrassé de façon radicale de ces " fauteurs de troubles ", qui gênaient "l'ordre établi", la bonne marche du royaume,  ainsi que  les canons religieux en vigueur. Les siècles qui ont passé ont prouvé le contraire... Survivance,  maintien des traditions, transmission des savoirs et des codes cultuels et culturels... se retrouvent vivaces au XXI° siècle. En est-il de même des Cathares et du Catharisme ?
Du côté de Puilaurens,  d'Agular, de Quéribus, de Puivert, de Laurac et de Fanjeaux, (châteaux, anciennes citadelles royales, villages...) le vent qui passe sur les chênes kermès et sur les pierres encore debout, peut souffler des éléments de réponses.On y décèlerait quelques poésies, car  la culture cathare ne se limitait pas au domaine religieux , et l'on peut lire en ligne la thèse de A.Van Strien-Fehmann (datée de 1997) " Est-il possible de trouver une influence du catharisme sur les Troubadours ?" L'identité régionale est fortement attachée à ses racines, à son histoire, à sa langue, à sa culture, c'est bien là ce qui en fait la richesse, la particularité. Au-delà d 'un élan affectif et  nostalgique, il y a la reconnaissance de l'Histoire, avec ses documents, ses lieux de mémoire, ses recherches de preuves dans les archives jusque là mal connues.
"Als Cathars ! " 
Freelance Writer
Culture Art Patrimoine