mardi 10 août 2021

Momies: le tragique dernier sommeil figé

 Du fond des âges, des corps peuvent parler à l'homme du XXIe siècle. La momification, qu'elle soit naturelle ou rituelle,  permet cet étrange face à face de l'humain avec son passé.   Outre les momies royales égyptiennes, auxquelles on fait généralement référence lorsqu'il est question de ce type de sujet, certains êtres,  plus anonymes, ont" refait surface "après des traitements similaires, volontaires ou non.               
La main de l'homme :
 On peut s'interroger sur les raisons diverses de figer un être dans une posture, pour le faire passer du monde des vivants à celui des Morts. De traditions en rituels, d'actes sacrificiels en nécessités sanitaires, les réponses sont multiples, sans être des évidences absolues. La référence qui vient à l'esprit est sans nul doute l' Egypte,  et ses courantes  pratiques funéraires d'embaumement (tombes royales, celles de hauts dignitaires, et momies animales). Une certaine conception du trépas, de  l'au-delà,  d'une possible renaissance (ou continuité) de l'existence, donnait lieu à des rites, des cérémonies, des traitements particuliers. 
                                                    

 Ötzi / La dépouille mortelle de ce  chasseur a été  découverte dans un glacier alpin, ce qui lui vaut le surnom de "Iceman". Ressemblant à un "transi", le corps décharné, déshydraté a livré quelques pistes de recherches et des réponses sur la cause supposée du décès. Si la thèse du crime est évidente, on reste néanmoins prudent sur les conclusions. De précieux renseignements ont été collectés grâce à l'analyse des restes de  l'équipement qui accompagnaient  encore le corps, saisi dans la masse glacée. 

                                                            

L'homme de Tollund/ C'est au Danemark, dans une tourbière (zone humide faite d'eau, de mousses, et de sphaignes) du côté de Tollund que l'on a découvert un supplicié (vraisemblablement pendu) gisant. Ayant vécu à l'âge du fer, l'homme était âgé d' une trentaine d'années lors de son décès.                                            

L'homme de Grausballe/  L'homme aux cheveux roux reposait en un puits profond dans une tourbière danoise  lorsqu'il fut découvert, des siècles après sa probable  exécution . Portant des traces de blessures on dit qu'il a été sacrifié en période dite "de l'âge du fer" .  

La liste de ces momies comprend aussi bien des adultes que des enfants, des femmes, et des hommes.Pour mémoire, on peut mentionner également, parmi les plus connus : L'homme de Clonycavan, celui de Lindow,  la femme d'Haraldskaer, celle d'Elling, la fille d'Yde, ....


L’œuvre de la nature:
Si l'on ne peut pas vraiment évoquer la conservation par le froid (cryogénisation),  on tient néanmoins compte du  milieu humide (tourbe) ,  sans air (condition d'anaérobie)  favorisant la préservation des tissus (amoindris) et du squelette. Mais la difficulté et le risque sont alors présents lors de la découverte. En effet, la manipulation devient délicate, sous peine d'endommager l'ensemble du corps, et l'exposition  soudaine à  l'air peut engendrer des dégâts irréversibles ( attaque des bactéries).  
Les conditions des derniers instants, des êtres retrouvés dans les tourbières nordiques, sont particulièrement inquiétantes. Nombreux sont celles, et ceux, (de tous âges)  qui semblent avoir subi de mauvais traitements, des blessures, et avoir été victimes de sacrifices (rituels, punitifs.??) On en ignore encore les exactes raison et signification. De même que l'on n'est pas assuré de l'authentique position sociale de l'individu dans la sphère interne de la tribu à laquelle il (ou elle) appartenait.
à lire
 et aussi :
 et aussi :
 Peter Vilhelm Glob:Les hommes des tourbières, Paris, Fayard, coll. « Résurrection du passé »,
 Les caprices des Dieux : 
Afin de s'attirer les bonnes grâces divines, ou pour remercier les Dieux: d'une bonne récolte, d'une victoire sur l'ennemi, d'une transaction commerciale fructueuse,  l'offrande s'est  couramment pratiquée depuis l'époque des premières croyances et dévotions. Le prix du sang, celui de la mort d'une victime expiatoire, était alors le pacte d'espérance de l'exaucement. Les momies des tourbières font replonger l'homme du XXIe siècle dans ce contexte, notamment celui de l'âge du fer, dont les Us et Coutumes sont encore à identifier,  et à mieux comprendre.
 
Ces individus retrouvés enseignent  et renseignent sur des pratiques autorisant une réflexion pluridisciplinaire : eschatologique, ethnologique, et philosophique.  Qu'elle soit volontaire, ou naturelle,   la momification induit une démarche scientifique et sociale.  Si la science se penche avec intérêt sur ces divers cas, c'est que les conditions climatiques évolutives permettent l'accès à de nombreuses découvertes,  autorisant maints comparatifs (époques, activités, alimentation, santé, liens sociaux, conflits, etc...). 
Figés dans leur dernier sommeil, des individus voués à l'abandon, à l'oubli, ont défié les siècles et parfois les millénaires, venant conter le dernier  épisode, souvent sordide, de leur destinée. Il importe, à l'homme contemporain, de décrypter ces résurgences d'un lointain passé, sans oublier qu'à travers chaque dépouille,  un être humain est là.

Sur ce même blog : articles parus en 2020: 
- Les murs de l'au-delà:
- Egypte: Quand l'Eternité refait surface:


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