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mardi 23 avril 2019

La flamme de Notre Dame


Mi avril 2019:   Si Paris  perd une partie de son âme .. le pays de France  aussi,  en voyant s'écrouler la haute flèche de la cathédrale  Notre-Dame sous l'action des flammes. Un incendie spectaculaire
Photos couleurs M.D. (2019)
dévore la zone du toit de l'édifice  qui se trouve juste au-dessus du chœur. La foule qui assiste au drame en est muette de stupeur et de chagrin. 
On ne déplore pas tant les siècles qui se consument que la perte patrimoniale redoutée. "Les hommes du feu" ont  accompli leur courageuse action au-delà du possible, et le pire a été évité. Les grandes orgues sont debout (leur nettoyage et remise en fonction nécessiteront une paire d'années d'interventions diverses ), les pièces importantes du mobilier sont sauvées, ainsi que les vitraux et les tours.
Alors, comment ne pas songer aux grands organistes qui se sont succédé à l'une des plus célèbres  consoles de France (soit en tant que titulaire, soit   le temps d'un concert)?
A (ré) écouter, Parmi les célébrités du XXe siècle:
Pierre Cochereau, : https://www.youtube.com/watch?v=7Vl3nR1m3Fg
Jean Guillou, https://www.youtube.com/watch?v=waT4vTiAfXA
Michel Chapuis.. https://www.youtube.com/watch?v=2j_daIKZ2jc
On pourrait s'interroger sur  l'élan de généreuse solidarité qui s'est manifesté quasi-spontanément autour de ce dramatique événement (qui n'a heureusement causé aucune victime). Rien d'étonnant pourtant. Car ce serait méconnaître  l'Histoire de France, celle de Paris, et celle du monument,  pour occulter, à ce point,  le fort attachement de la plupart des français (catholiques ou non)  à ce patrimoine  emblématique,  portant un poids constitué d'affection, de piété,  et de symbolisme.  
Notre-Dame de Paris est un défi architectural. C'est aussi  un livre ouvert sur le lointain passé médiéval  des maîtres d’œuvre, des corporations de Compagnons, d'artisans,  et sur des célébrations uniques plus contemporaines (couronnements de rois, service funèbre de Présidents, messe de pèlerinages des étudiants, concerts exceptionnels...) Née au XIIe s.  dans le Paris ancien (Lutèce) par la volonté d'un évêque: Maurice de Sully, sous le règne de Louis VII "le pieux", la cathédrale est en fait la réunion agrandie de deux édifices déjà existants  (Ste Marie et St Etienne), elles-mêmes érigées sur l'emplacement d'un temple romain dédié à Apollon.

Si l'on retient la date de 1163 pour celle de la construction de la cathédrale, on  trouve présence de l'édifice sur les enluminures de Jean Clouet au  XVe s. ("La descente du St Esprit"  : illustration des Heures d'Etienne Chevalier / vers 1452-1460),  mais aussi à l'arrière-plan de  "Dagobert réfugié à St Denis" (vers 1455).
 La figuration sur  les cartes et plans anciens atteste, dès le XVIe siècle,d'une bâtisse imposante, nantie d'une flèche remarquable, qui confère à l'ensemble de  la silhouette cette volonté affirmée  d'élévation.  Plus tardivement c'est le sujet de l'un des tableaux du peintre Bernard Buffet ( Notre Dame -1988), mais également de l'un de Maurice Utrillo (Notre Dame / 1909- Musée de l'Orangerie), de Jean-François Raffaëlli (ND de Paris - 1894 ?).  Sur tous l'on  distingue les deux tours, et  la flèche présente en 1860 sur les dessins de l’architecte Viollet-le-Duc (1814-1879).
Rappel symbolique : Le kilomètre zéro est situé sur le parvis de la cathédrale. Il est le départ de toutes les routes de France.
                                                       

La flamme, qui a tragiquement détruit une partie de la toiture, n'a pas  atteint celle des fidèles, ni celle des passionnés de Culture, car, comme le Phoenix, l'édifice endommagé renaîtra de ses cendres.  
Et, selon la formule eulogique:"Qu'il vive à jamais" .
Pour la rénovation,  parmi les entreprises, spécialisées en monuments historiques, ont été  désignées :
- pour les sculptures, l'atelier Bouvier  (Les Angles/Gard)
- pour les orgues, le facteur Pascal Quoirin  (St Didier/ Vaucluse)
cf:  sur ce même blog, les articles  :  
Beginning the year ( janvier 2013) contenant un paragraphe concernant  le jubilé de Notre Dame de Paris ( 1163-2013: 850 ans)


Free lance Writer 
Culture  Art  Patrimoine

jeudi 9 janvier 2014

Restaurer un monument ? Oui, mais...

Janvier 1814: il y a 2 siècles, à Paris,  naissait Eugène Viollet-le-Duc . Homme d'art et de culture, architecte , restaurateur,  on lui doit, outre le très utile " dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe s." (1856- en 10 volumes), la restauration de maints monuments médiévaux.. Durant sa courte période d'enseignant à l'école des Beaux-Arts de Paris, il fit inscrire, en 1863, l'histoire de l'art comme discipline supplémentaire (et reconnue) au programme .
http://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8c
Ami de Prosper Mérimée (inspecteur général des Monuments Historiques),  Eugène Viollet-le-Duc, n'a pas recueilli tous les suffrages. Ses interventions sont, de nos jours, critiquées et controversées. On juge les restaurations plus suggérées que justifiées, plus romantiques que respectueuses du style initial, en tombant dans le
Prosper Mérimée (1803-1870)
pastiche facile du néo-gothique.
« Restaurer un édifice, ce n'est pas l'entretenir, le réparer ou le refaire, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné. " Une opinion,  que l'architecte  qui l'a mise en pratique, se verra reprochée. On estime que, dans ces conditions, la restauration devient interprétation, avec des dérives et des outrances possibles.   
De plus, on estime le style et la teneur de ses discours, plus romantiques que scientifiques. Mais le XXe siècle, comme le siècle actuel, à la lumière des avancées technologiques et des connaissances en histoire de l'art, a la dent dure.  Bien des courants de l'architecture moderne et de ses  professionnels,  se sont néanmoins inspirés des théories et des nombreux ouvrages d'Eugène Viollet-le-Duc, qui, dans ce secteur fait figure de précurseur, de pédagogue, de visionnaire.
 Et le patrimoine architectural médiéval,   en grand péril, lui doit certainement beaucoup, grâce aux diverses actions salvatrices menées. On sait pertinemment que,  pour un bâtiment souffrant des ravages du temps,  le dilemme se pose parfois : consolider, restaurer ou les 2 opérations successives ? Tenir compte des moyens financiers mis à disposition n'est pas suffisant, encore faut-il trouver l'homme de la situation .. Depuis quelques décennies les architectes des Monuments Historiques sont formés et compétents pour étudier les dossiers, effectuer les inspections,   et mettre en œuvre les chantiers. Ils sont consultés pour les décisions à prendre et sont responsables du  suivi des travaux.
Pour la postérité, l'évocation du  nom d'Eugène Viollet-le-Duc reste attachée à des bâtisses prestigieuses: châteaux, Hôtels de ville, églises, basiliques, cathédrales....
Si les techniques sont discutables, et le résultat esthétique ne recueillant pas toujours l'approbation, il faut néanmoins reconnaître que la sauvegarde a cependant été effective. Déambuler dans la cité de Carcassonne, admirer la haute stature de la cathédrale de Paris, arpenter les salles du château de Pierrefonds ou d'Eu, serait-il   encore possible sans Eugène Viollet-le-Duc ?
Ses suiveurs, ses élèves, (parmi lesquels quelques-uns se sont illustrés en mettant leurs pas dans ceux du Maître), se sont appuyés sur les bases inculquées, faisant office de  références, pour leurs propres parcours professionnels.
Quelques noms...
Pour l'Art Nouveau : Gaudi, Grasset, Sauvage...
Pour l'enseignement reçu : Abadie, Duthoit, Ouradou...
Restaurer les témoignages du passé en architecture (civile, religieuse, militaire...) aide à mieux comprendre les arcanes de l'histoire, les us et coutumes des générations précédentes, ainsi que les  pratiques et les savoirs oubliés, perdus. Dans le cours des siècles, on a trop souvent et trop vite  démantelé, dépierré,  pour reconstruire ailleurs, en récupérant les matériaux de façon désordonnée. Ce qui fausse aujourd'hui la "lecture" de certains édifices. Le réemploi des pierres n'est pas toujours une évidence concrète visible.
Le touriste, le citoyen, ont,  depuis lors,  l’œil plus exercé,   et, le goût pour l'Histoire, plus averti. Les autorités ministérielles, régionales, municipales, font, en général, leur possible pour maintenir en état un patrimoine, le sachant désormais dépendant de l'essor du  tourisme.


A lire : l'étude critique de Laurent Baridon
http://www.inha.fr/spip.php?article2564


Freelance Writer
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