lundi 16 avril 2018

1768-2018 :250e année de la libération de Marie Durand

De la prison à la liberté : de 1730 à 1768 Marie Serre-Durand aura passé dans sa geôle de la Tour de Constance,  38 années de son existence (née en 1711 - décédée en 1776).  
Post tenebras,sperat lux- 
De l'ombre du cachot à la lumière de la liberté retrouvée, il aura fallu quelques siècles pour que l'on redécouvre le parcours de cette icône du protestantisme  qui force le respect par la fermeté de ses convictions.
Pour en avoir une idée plus objective, et pour dépasser certaines opinions "romantiques" ancrées dans les  mémoires par tradition, quelques éléments de biographie sommaire sont nécessaires à la compréhension du contexte.
http://medarus.org/Ardeche/07celebr/07celTex/durand_pierre_et_marie.html
Si l'on a fait de cette femme une héroïne  de la cause protestante, il faut rappeler  qu'elle fut baptisée catholique, comme Pierre, son frère aîné. La mère ayant été arrêtée, en 1719, sur dénonciation (lors d'une assemblée huguenote clandestine), puis emprisonnée,  les enfants  furent élevés par leur  père : Antoine Durand, greffier, homme lettré connaissant le latin et le grec.
Pour faire pression sur lui, sur son fils, Marie est enfermée dans la Tour de Constance. Elle sert d'otage. Mais en dépit de cette détention le père reste emprisonné au fort de Brescou, où il est entré en 1729.  Le frère, Pierre, prédicant clandestin, est capturé en 1732 et pendu à Montpellier (actuelle allée qui va de la Place de la Comédie au Corum) .   
Photomontage N-L. M. ©
Nommée sous son  patronyme de jeune fille: Durand,  dans l'Histoire, et dans les listes inscrites sur les  registres de la Tour,  Marie  signait elle-même sa correspondance  : "la Durand" puis, "Durand". Or, entrée à la Tour de Constance à Aigues-Mortes  en août 1730,  elle était mariée à Matthieu Serre depuis environ 3 mois. Matthieu Serre, son mari, a été arrêté le même jour que son épouse. Il  fut envoyé au fort de Brescou, où  il a retrouvé son beau-père Antoine Durand. En prison, Marie Durand s'illustre par sa correspondance ( très peu avec son mari, un peu avec son père, beaucoup avec sa nièce Anne, les donateurs des églises étrangères,  et le pasteur Paul Rabaut).  Elle sert de secrétaire à ses co-détenues illettrées ou peu
Photomontage N-L. M. ©
accoutumées à lire ou à rédiger. Dans l'inconfort de la promiscuité, le partage de cette vie d'épreuves, les femmes se lient d'amitié, parfois  durable, entre  certaines.  C'est ainsi que Marie Durand considère  "La Goutète" (Marie Vey-Goutet) comme sa soeur. Libérée en même temps qu'elle, le 14 avril 1768, cette prisonnière partira finir ses jours dans la maison du Bouschet de Pranles, dont on avait arraché Marie, 38 années auparavant. La demeure se visite, elle est devenue un musée du protestantisme. 
Parmi ces malheureuses détenues pour cause de "croyance hors du royaume" (= hors de la religion catholique), quelques-unes ont abjuré pour retrouver la liberté (sous condition de ne pas "retomber en hérésie" ), d'autres sont décédées entre les murs sinistres de la Tour, tandis que les plus fragiles ont sombré dans la démence, et que les plus résistantes, telle Marie Durand, ont tenu jusqu'à leur levée d'écrou, en dépit de maux divers (dont le paludisme, les rhumatismes, le vieillissement prématuré...). Durant le temps de leur détention le nombre des prisonnières variait.  Pourtant une certaine solidarité et un soutien respectif s'exprimaient à travers   la lecture ou récitation de textes issus de la Bible, et par le chant des psaumes.
https://www.youtube.com/watch?v=LJgZVi7zBz0 
Si un  zèle farouche anima certains individus mandatés pour juguler les révoltes et pourchasser les camisards, plusieurs personnalités (Boissy d'Anglas, le Prince de Beauvau,Mme de Pompadour...)    se sont émues du sort de ces femmes détenues dans de telles conditions 
Marie Durand, décédée en 1776,  fut  en butte toute sa vie à des aléas de biens fonciers, d'héritage, de sommes dues à rembourser. Ces soucis terrestres concrets, sa détention, ses problèmes de santé, n'ont pas altéré sa conviction profonde. Si on attribue à sa main la gravure du verbe "résister" sur la margelle du puits central  de la grande salle de la célèbre Tour, c'est  qu'il  résume, dans la mémoire  des Huguenots, le combat moral, psychologique, spirituel,  de toute une vie.  Cela correspond-il à la probabilité historique ? Les historiens continuent de se pencher sur une telle question et sur  maintes autres interrogations qui entourent encore ce tragique épisode de l'Histoire du Languedoc au XVIIIe siècle. 
Pour en savoir plus :

Sur ce même blog

consulter les 3 articles suivants  consacrés à l'Histoire  des  Huguenots et du protestantisme:

- La foi au cœur des Cévennes


-1571-2017 : le Ve centenaire de la Réforme


- Again on this old way to a new life: le chemin des Huguenots

http://international-culture-blog.blogspot.fr/2016/09/again-on-this-old-way-to-new-life-les.html
Cf également les 2 conférences de N-L. Marti 
Photomontage N-L. M. ©
 (avec lecture d'extraits de lettres de Marie Durand par B. Huguet)

à Aigues-Mortes :
/le 3 février 2017 au temple/
- Evocation de Marie Durand (1711-1776)
/le 6 avril 2018 salle N. Lasserre)
- 1768-2018: 250e année de la libération de Marie Durand
et, en projet : à Marsillargues (octobre 2018)

Free lance Writer 
Culture  Art  Patrimoine 
 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire