mardi 29 avril 2014

Feminine touch

Plutôt modèle qu'artiste, la femme  a pourtant sa place dans les productions d'arts plastiques. Plus qu'un regret c'est un constat. Et si l'Histoire a retenu le nom d' Elisabeth Vigée-Le Brun(1755-1852),
celui de Camille Claudel(1864-1943), ou de Frida Kahlo(1907-1954), il est bien d'autres patronymes qui ont quelque difficulté à rester dans la mémoire collective. Pourtant, nul ne
saurait contester l'importance de l'apport culturel et artistique des femmes dans les Beaux Arts, en particulier dans la sculpture et la peinture. Un regard, une atmosphère, un sens du mouvement, l'utilisation  des teintes de la palette, les poses choisies: on pourrait parler d'un univers féminisé, mais tout cela ne s'apparenterait-il pas plutôt à une authentique sensibilité, mise au service de l'observation et de la restitution d'un sujet, d'un modèle ? Le marché de l'art, dans "tous ses états "(de la très prisée  salle de vente à l'anonyme brocante), propose bien souvent les œuvres d'artistes masculins. Mais cependant l'occasion n'y manque pas de dénicher, ou de rencontrer au hasard d'une heureuse enchère, la toile, l'objet, ou le groupe statuaire, né d'une inspiration et sous les doigts  d'une créatrice féminine. Se pencher sur le parcours de ces artistes réserve quelques occasions d'étonnement. Si pour certaines, les formations sont parfois atypiques, autodidactes,  et que  la trajectoire professionnelle a eu du mal à s'affirmer, pour d'autres on peut reconnaître de véritables vocations, soutenues par la fréquentation des ateliers des grands maîtres. Le XIXe et le XXe siècles ont vu ainsi de nombreux talents s'exprimer.
Séraphine Louis : (1864-1942) dite "de Senlis" , fut une coloriste autodidacte, dont l'importante production picturale, durant trente années,  comporte de grands formats. On  classe  ses œuvres dans le courant des Primitifs du XXe siècle. Longtemps ignorée, et étant le sujet de sarcasmes,  l'artiste a cependant  eu sa revanche post mortem. Un film  "Séraphine" (sorti en 2008 et  obtenant 7 Césars) a été consacré à sa biographie. L'actrice Yolande Moreau a campé avec son habituel talent, son authenticité non feinte,  le personnage de la modeste campagnarde devenue artiste peintre. Très altérée par la maladie, ayant cessé toute production artistique,   Séraphine Louis a passé les 10 dernières années de sa vie dans un hôpital psychiatrique. Ses tableaux sont le témoignage d'un talent brut, instinctif, traduisant une soif intense de création spontanée, à la technique caractéristique, car Séraphine composait elle-même ses mélanges de pigments pour obtenir les couleurs désirées.
Meret Oppenheim: (1913-1985) était une artiste suisse dont le travail a suscité l'étonnement, par son côté surréaliste, parfois provocateur, mais d'une incontestable expression de  nouveauté et de créativité. L'une de ses plus célèbres créations fut, en 1936,  "le déjeuner en fourrure". Dans le sillage et l'amitié des personnalités marquantes du monde artistique et intellectuel de  l'époque ( M. Ernst, Man Ray, A. Giacometti, A. Breton..) Meret Oppenheim a su imposer son originalité, et trouver sa voie, autant que  la reconnaissance de ses pairs. En dépit d'une longue pause (environ 18 années) dans sa carrière, elle revint en force en se diversifiant ( création de costumes, de masques, de meubles, publication d'un recueil de poésies..). Si elle -même fut primée (en 1975:  prix de Bâle , en 1982 :prix de Berne), c'est, depuis 2001,   un prix éponyme (prix Meret Oppenheim) qui est attribué par l'Office Fédéral de la Culture, en  Suisse,  pour récompenser et encourager un,   ou des artistes se distinguant par la qualité et l'importance de leur production.
Line Vautrin : (1913-1997) qualifiée de "poétesse du métal" s'est consacrée, très jeune,  à la sculpture et à la création. En 1936, elle a participé à l'exposition universelle.   Bijoux, miroirs , objets divers  en bronze,  continuent à forcer l'admiration par leur réalisation stylée. Cependant,  d'autres métaux, d'autres matières l'ont intéressée, au point de les travailler pour en extraire le "talosel" et agrandir ainsi le catalogue de ses créations.  Boutique des Champs-Elysées  ou domicile personnel, les  productions avaient de beaux espaces de mise en valeur, et en exposition. Ayant passé un temps par l'enseignement,  dans une école où elle transmettait son savoir-faire et sa technique,  Line Vautrin a poursuivi sa trajectoire, dans son  univers  créatif symbolique et spécifique,  mais n'a pas eu, hélas,  le temps de voir la rétrospective que le Musée des Arts Décoratifs consacra, entre autres créateurs ,  à l'ensemble de son œuvre en 1999 (de mars à août) , sous le titre générique de "Secret de bijoux".
Marie Atsoin : (1923-2011) fut l'élève de Serge Mako et de l'affichiste Paul Colin (auteur de celle de "La revue nègre" en 1925). Son travail, que l'on pourrait juger hâtivement de "classique" ou "conventionnel",  s'apparente plutôt  à l'Ecole Provençale Actuelle. En 1995,  A. Alauzen fait paraître un livre, sous le titre " Le bonheur de la peinture vécue" . Il y présente le parcours de cette artiste, qui sut trouver l'équilibre entre les teintes employées et le tracé personnalisé d'un  décor  choisi, tout en conservant une fraîcheur dans l'expression. 

Françoise Adnet :(1924- mars 2014), concertiste (à Berlin) à l'âge de 12 ans, fut l'élève de
Marguerite Long et d'Alfred Cortot: 2 références en pédagogie musicale.  Parallèlement à la musique, F. Adnet peignait, et très rapidement, dès 1942,  participa aux grandes expositions nationales et internationales. Le nombre en est impressionnant. Mettant son art au service de la décoration (théâtre), et de l'illustration d'ouvrages d' auteurs célèbres (Sagan, Gide, Bazin..), elle s'exprima dans une gamme  figurative,  celle du courant "misérabiliste" de Gallard, Buffet, Jansem. Gruber, ou Picasso (dans sa période bleue)...
Outre son parcours personnel, jalonné de distinctions et de prix, elle est à l'origine de la création du Musée d'Art naïf de Vicq : aujourd'hui le MIDAN : Musée International de l'Art Naïf .

On dit que l'Art est un langage , qu'il est expression, qu'il est universel.. qu'il peut être une arme, mais aussi une consolation,...   il est donc bien  plus que ce qu'en disait, en 1859,  Baudelaire: une reproduction exacte de la nature.

Pour en connaître davantage sur le travail des artistes  présentées ci-dessus/
-http://www.musees-senlis.fr/Dossiers-thematiques/seraphine-louis-dite-seraphine-de-senlis.html
-http://www.swissinfo.ch/fre/culture/La_plus_celebre_surrealiste_suisse_a_l_honneur.html?cid=34167918
- http://www.line-vautrin.fr/
 - http://www.estades.com/fr/biographie.htm?_ref=3
-http://www.francoise-adnet.com/

Musée de Vicq: 
http://www.midan.org/


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